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Kongo et consorts

Le périple de Millière et Kieffer croise le destin de différents peuples, appartenant tous néanmoins au groupe kongo, de langue bantoue.  

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         Depuis son départ de la côte atlantique, Millière a fait la connaissance des Bavili sur le littoral, des Bayombe dans la forêt, des Bassoundi qui les ont attaqués.

         En continuant sur le plateau des Cataractes, il rencontre :

-des Badondo, sur le plateau lui-même ;

des Bahangala à Philippeville ;

-puis des Bakongo proprement dit sur la rivière Loufoulakari. 

 

         Tout ces sous-groupes partagent une histoire commune et une descendance matrilinéaire, c'est-à-dire que l'héritage (des biens, du nom...) se fait par la mère, ainsi que le pouvoir (même si les femmes n'exercent pas d'autorité). L'héritage royale par la sœur du roi permet de garder la même matrice clanique tout permettant une rotation dynastique régulée qui évite les dérives absolutistes liées aux transmissions père-fils. Certains pensent que ce système a fragilisé les sociétés matrilinéaires face la colonisation.

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Manikongo

      C'est le roi kongo. On le nomme aussi ntinu ("le refuge", car c'est à lui que les Bakongo devaient leur sécurité) et ntotila ("celui autour de qui sont réunis des peuples"). Il était, avant l'arrivée des Européens, l'un des souverains les plus puissants d'Afrique centrale, dont la charge était principalement le bien-être de son peuple. Sa capitale était Mbanza-Kongo. Sauf exceptions, le manikongo était élu par les bambuta (aristocrates) des 12 clans kongo.

 

         Les traditions orales retiennent plusieurs noms de manikongo, parfois assimilés à des prophètes, tel Nsasukulu a Nkanda. Lukeni lua Nimi (vers 1380–1420) est traditionnellement considéré comme le fondateur de la dynastie, premier manikongo s'étant imposé par la force et la conquête.

         Les contact avec les Européens se fait très tôt puisque le manikongo  Ntinu Nzinga Nkuwu fut visité en sa capitale par le Portugais Diogo Cão en 1483. Le royaume était alors à son apogée. Le contact fut pacifique, et les Portugais aidèrent même les Bakongo à vaincre les Batéké pour s'emparer de leurs mines de cuivre. 

         Les missionnaires arrivèrent dès 1490 et convertirent le roi et sa famille qui furent baptisés. Le roi prend le nom de João (qui deviendra Ier) et sa capitale devient San Salvador. Dès lors, tous les rois du Congo recevront des noms européens : celui de l'époque du roman (ci-contre) s'appelait Pierre VI et régna de 1859 à 1891. 

         Mais le contact avec les Européens fragilisa considérablement l'autorité du manikongo. La traite négrière notamment lui fut fatale, car les Portugais négociaient directement leur "marchandise" avec les vassaux, sapant ainsi l'autorité centrale et dépeuplant le royaume. En 1526, le manikongo écrivit au roi du Portugal pour lui demander de mettre fin à ce commerce, ce qui envenima davantage les relations avec des Portugais de plus en plus souverains au Congo. En 1568, envahi par les Yakas, le royaume est obligé d'appeler les Portugais au secours : à partir de cette date, le manikongo n'est plus qu'un titre fantoche. 

         

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Quoiqu'ils fussent assez tôt christianisés, les Bakongo et les ethnies apparentées n'échappèrent pas au biais raciste adopté par les commentaires les concernant. Petit florilège : 

 

 Les Basoundis

 

         « Les femmes d'ici sont parmi les plus laides que nous ayons vues ; elles font ce qu'elles peuvent pour rehausser leur laideur en arrangeant leurs cheveux de manière à ce qu'ils couvrent presque entièrement leurs yeux. Leur chevelure est en outre enduite d'un mélange de suie et de graisse. Quelques-unes se recouvrent la face de cet horrible onguent ; elles se passent dans un trou pratiqué dans le nez une tige de graminée longue de quatre pouces. Deux lambeaux d'étoffe sordide en guise de pendants d'oreilles et un minimum de toile complètent leur toilette. Les hommes sont lourds et épais. [...] M. Stanley décrit les Basoundis comme une race méchante, soupçonneuse et dégradée an plus haut degré ; irritable et prompte à la querelle. Ils montrèrent certainement à son égard une avidité qu'il n'avait point encore rencontrée chez les indigènes depuis le commencement de son long voyage ; il fut impossible de leur faire rien rabattre de leurs exigences ».

Relation du missionnaire anglais Holman Bentley

dans Les voyages de Savorgnan de Brazza : Ogôoué et Congo (1875-1882), 1884, Gallica (p.245) 

Les BaBOUENDE

 

         « Les Babouendés, dont nous allons aujourd'hui quitter la tribu, sont simples, affables et ne songent nullement à inquiéter le voyageur. Ils semblent avoir une plus grande civilisation que leurs voisins. Ils causent volontiers avec le blanc et sont très contents lorsque celui-ci veut bien s'entretenir avec eux et répondre à leurs mille questions. Mais, pendant la conversation, il faut les surveiller attentivement, car ils sont essentiellement voleurs et ils donneraient des leçons aux plus habites pickpockets de Londres ou de Paris. Leurs cases sont bien faites et élevées de 4 à 5 mètres, ce qui est extraordinaire chez les noirs. Ils n'ont point d'armes et leur timidité démontre suffisamment qu'ils ne sont point habitués à faire la guerre.  ».

Relation du R. P. Augouard

dans Les voyages de Savorgnan de Brazza : Ogôoué et Congo (1875-1882), 1884, Gallica (p.212)

 

Les BaKONGO

 

         « Tout le territoire situé au sud du Congo, depuis Noki jusqu'à l'Inkisi, est habité par la grande tribu des Bakongo. Le signe distinctif de cette nation consiste en l'absence de deux dents de devant à la mâchoire supérieure. Ils sont chétifs, ont les jambes grêles et le corps fluet; mais, quoique leur taille soit en-dessous de la moyenne, ils sont infatigables à la marche.
         Ces tribus du bas fleuve, dit M. Van de Velde, se ressemblent plus ou moins par leurs caractères physiques la traite des nègres et les luttes intestines auxquelles elle a donné lieu ont tellement mélangé, confondu et abâtardi les races et les types de cette région qu'il est bien difficile d'établir des distinctions ».

Alphonse-Jules WAUTERS,

dans L'état indépendant du Congo : historique, géographie physique, ethnographie, situation économique, organisation politique, 1899, Gallica (p.271) 

Jean Audema (1864-1936)

Caravane Bassoundi. Congo Français 

vers 1896-1910

 

Montpelliérain de naissance, Jean Audema gravit un à un les échelons de la hiérarchie coloniale, agent auxilliaire (1894), chef de poste (1898), chef de station (1902) puis administrateur colonial (1904). Il laisse l'un des plus anciens témoignages photographiques de l'Afrique, des clichés souvent édités en cartes postales.

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Auteur inconnu

Moyen Congo : Mongoumba, type de femmes badondo

Gallica, 39 photos de l'A.E.F. en 1924

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