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Les Belges dans le Niari

Traversant des régions encore inconnues entre Niari et Congo, Millière et Kieffer tombent dans un village indigène sur un Blanc, le sous-lieutenant Van Kerkhoven, un Belge de l'Association Internationale du Congo au service de Léopold II. Cette présence témoigne de l'implantation dans la vallée du Niari-Kouillou d'une forte implantation belge, au nez et à la barbe des Français qui en revendiquaient la souveraineté. Une carte avancée par les Belge pour gagner la partie sur un tout autre terrain... 

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Croquis de l'Afrique équatoriale, contenant les derniers renseignements recueillis par les agouts de l'Association internationale du Congo. (détail)

Date : 1885
Edité par l'Institut national de géographie (Bruxelles)

         C'est le morceau de carte qu'aurait pu présenté Van Kerkhoven aux Français : chaque point rouge correspond à une station fondée par l'AIC en hommage à Léopold. On y trouve une toponymie proprement européenne, issue des noms de la famille royale (Stéphanieville, Baudoinville, Philippeville..) ou de membres éminents de l'AIC (Stanley-ville, Strauchville). Tout à droite, Léopoldville, fondée par Stanley sur le Pool.

Jeu de stratégie coloniale :

Cette carte est l'aboutissement d'une campagne d'implantation (février 1883-septembre 1884) de l'Association Internationale du Congo (AIC), officine du roi Léopold II des Belges, dans la vallée du Kouillou et de son affluent le Niari. Vallée revendiquée par la France en vertu du traité Makoko du 10 décembre 1880. Pour devancer les Français, Stanley dépêcha dans la région quatrechefs de mission : John Grant Elliott, Van de Velde, Hanssens et Harou, pour qu'ils y fassent signer le plus de traités possibles avec les chefs locaux (289 au total) et fonder des stations de l'AIC (une dizaine). Mais cet acte quasi de piraterie ne semble pas avoir été joué pour prendre possession des lieux ; le traité Makoko stipulant que les deux rives du Pool avaient été cédées à la France, cela mettait à mal les prétentions de l'AIC de fonder la station de Léopoldville sur la rive gauche. Pour faire accepter cette présence belge en dépit du traité, il fallait à Léopold une monnaie d'échange : la restitution de la souveraineté française dans le Niari-Kouillou, par le rachat moyennant 300 000 francs des traités passés par les Belges (convention du 5 février 1885).  

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Edmond HANSSENS

      C'est la grande figure de l'exploration belge au Congo, malgré une assez courte carrière finalement (1882-1884), mais qui lui valut grande réputation.

          Engagé dans l'Association Internationale du Congo, ce capitaine de Ligne, détaché de l'Institut cartographique militaire belge, explore les rives du Haut-Congo à l'automne 1882, fonde les postes de Bolobo, de Kwamouth à l'embouchure du KassaÏ, d'Irebi à l'embouchure de l'Oubangui.

         Au début de l'année 1883, il est nommé par Stanley responsable de la zone entre l'océan et le Stanley Pool, les fameuses vallées du Niari-Kouillou. Avec une escorte de vingt Zanzivbarites, il fonde des stations, notamment Philippeville (27 avril 1883).

         Le 15 février 1884, il est nommé chef de division du Haut-Congo. A ce titre, il retourne assoir l'autorité belge jusqu'aux Stanley Falls, y fonde plusieurs postes dont Equateurville. Puis, en avril 1884, en compagnie d'Alphonse Van Gele, il est le premier à explorer le grand affluent du Congo, l'Oubangui, dont le cours jouera un rôle important dans le partage des possessions belges et françaises. Ayant pris possession de ses deux rives, Hanssens subira la rancœur des Français qui le présenteront comme un massacreur d'indigènes et brûleur de villages. 

         En partance pour la Belgique après une démission, il succombe à une fièvre bilieuse à Vivi, en décembre 1884, à lâge de 41 ans. 

         

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   « En Belgique, Léopold était un monarque constitutionnel aux pouvoirs limités, au Congo il régnait en souverain absolu ». 

 

 David van REYBROUCK,

Congo, une histoire, Babel, 2014 (p.90)

La Belgique est, à l'époque du roman, un Etat jeune (né en 1830). IL embrassa donc sa vocation coloniale avec un léger retard sur les autres pays européens. C'est avec des complaintes de philanthropie que les Belges investirent le Congo et le Niari par l'intermédiaire de l'Association Internationale du Congo. Les premières expéditions belges eurent lieue en Afrique orientale (1877-1884), du côté de Zanzibar et du lac Tanganyika, , sans grand succès : expédition Crespel-Cambier (1877-1879), expédition Popelin (1879), expédition Ramaeckers (mort de fièvre bilieuse en 1882), expédition Storms (1884) qui mena le premier vapeur sur le Tanganyika, et expédition Becker (1884). Mais la pression allemande sur cette région contraignit la Belgique de renoncer à y établir une colonie et à céder les stations qu'elle y avait créer. La descente du Congo par Stanley ouvrait à Léopold de nouvelles perspectives... "philanthropiques" !

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« Dans presque tous les pays, on prend un vif intérêt aux découvertes géographiques récemment faites dans l'Afrique centrale. Plusieurs expéditions, alimentées par des souscriptions particulières, qui prouvent le désir qu'on a d'arriver à un résultat important, se sont faites et se font encore en Afrique. [...] Ces expéditions répondent à une idée éminemment civilisatrice et chrétienne : abolir l'esclavage en Afrique, percer les ténèbres qui enveloppent encore cette partie du monde, en reconnaître les ressources qui paraissent immenses, en un mot, y verser les trésors de la civilisation, tel est le but de cette croisade moderne.»

 

Léopold II, 1876

« J'arrivai devant l'embouchure du Congo pour le remonter, avec la mission originale de semer, le long de ses rives, des établissements civilisés, de conquérir pacifiquement le pays, de le jeter dans un moule nouveau pour le mettre en harmonie avec les idées modernes, et d'y constituer des Etats libres, au sein desquels le commerçant européen fraterniserait avec
le noir commerçant d'Afrique ; où régneraient la justice, la loi et l'ordre; d'où seraient bannis à jamais le meurtre,
l'anarchie et le cruel trafic des esclaves. »

Stanley, 14 août 1879

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« Les stations fondées par Stanley, comme les tronçons de route qui les unissaient, avaient le même caractère et remplissaient le même office que les stations établies à la côte orientale par l'Association. Elles
étaient internationales ; elles arboraient un drapeau neutre et vivaient sous la simple protection du droit des gens.
[...] Tout voyageur, quelle que soit sa nationalité, tout missionnaire, quel que soit son culte, tout négociant, quel que soit l'objet de son trafic, peut en réclamer l'assistance et est certain d'y trouver l'hospitalité. C'est une œuvre
européenne, conçue dans un but de progrès général. Les actes ont répondu aux principes. »

Le Congo belge illustré, 1888 (p.132)

PORTFOLIO

Album de la mission J-M. BEL au Congo (1906-1907) 

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