top of page

La Mayombe et
les Bayombe

Après quelques jours dans la brousse, Millière et la Commission de démarcation se trouvent au pied d'un obstacle redouté : la Mayombe, un massif de forêt dense, très escarpé et difficile à franchir. La Mayombe, c'est donc le territoire. Les Bayombe sont le peuple : le préfixe ba valant pluriel, on dit un Téké des Batéké, un Vili des Bavili, un Yombe des Bayombe. Le peule yombe est donc celui qui peuple ces forêts, différent des Bavili.

Colonie du Gabon et du Congo français. Reconnaissances préliminaires pour l'étude des voies de communication entre la côte du Loango et Brazzaville par la vallée du Kouilou-Niari

Carte au 1 : 185 200

Auteur : Léon-Pierre JACOB

1888

         La forêt de la Mayombe est une chaîne de montagnes culminant à 903m, qui s'étire sur 400 km en parallèle du littoral atlantique, depuis l'embouchure du Congo au Sud jusqu'au Kouillou au Nord (sur la carte), recouverte d'une végétation dense équatoriale. Le climat y est chaud et humide, sinon étouffant, en saison des pluies (octobre à mai), mais les nuits peuvent y être fraîches (8°) sous le couvert forestier, particulièrement au cours de la saison sèche (juin à septembre). La Mayombe est le réservoir de nombreuses rivières qui parcourent le massif en creusant de profondes vallées.

 

         Bref, tout dans cette forêt (climat, relief, humidité...), constituait un obstacle redouté des explorateurs, 4 à 5 jours de pénible progression. Son franchissement n'était jamais facile, surtout sous les pluies, les pentes devenant glissantes sous le pied : d'où son surnom de "montagne de savon". Un administrateur colonial, Marcel Gousset, en parle en ces termes dans son ouvrage En brousse A.E.F.  (1943).  

121.Carte Mayombe.JPG

      « La transition est brutale avec la savane brûlante.

       La lumière du soleil ne parvient pas à percer l'épaisse couche de verdure. Le froid s'intensifie. Des frissons glissent derrière le dos. Un malaise indéfinissable, angoissant, mystérieux, saisit tout l'être. Il semble que cette vaste crypte végétale va tout absorber, même cet avorton minuscule qui s'appelle l'homme [...] ».

      « Les fourrés sont impénétrables ; le sol mouvementé, tourmenté à l'excès, s'ouvre à tout instant sur des vallées profondes dont on ne franchit les pentes abruptes qu'au prix de réelles fatigues ».

      « Les lianes épiphytes enlacent les arbres comme des tentacules monstrueux, difformes. Des fougères arborescentes ou naines cachent les roches moussues. Les rares palmiers qui dans la savane avaient paru si hauts semblent maintenant de minces panaches verts se détachant en clair sous la voûte sombre qui s'arrondit là-bas à soixante ou quatre-vingts mètres du sol ».

      « Le casque n'est plus qu'un accessoire gênant qu'on accroche à la ceinture ».

      « Le gorille se cache, méfiant. 

       Dans la grande forêt, le silence est tellement complet que l'on n'entend que le pas des porteurs et leurs appels : oï... yo... iho !

       Ça et là des oiseaux effrayés ».

      « Ce sont continuellement de grands arbres renversés qui barrent le chemin et dont il faut escalader le tronc ou contourner la puissante ramure effondrée.».

122-Femme yombe 2.jpg
122.Femme yombe.jpg

le peuple yombe

      Les Bayombe sont un peuple de langue bantoue appartenant au groupe kongo. Mouyombi ou Nyombi signifierait celui qui vit dans la forêt.

      Ils subirent de la part des Européens d'une certaine mésestime, sans doute en raison du mépris que leur portait les Bavili, dont ils se trouvaient sous la dépendance. 

    « Les Bavili de la région de Diosso, imbus de leur primauté traditionnelle dans le royaume, se targuent d'un raffinement de langage et de comportement inconnus de leurs voisins Bayombe, qui « mangent du poisson pourri » et « consomment jusqu'aux intestins du gibier ».

         En revanche, les Bayombe, fiers de la fertilité de leur pays, ne se font pas faute de manifester leur condescendance pour les Bavili, moins favorisés sur ce plan par la nature. L'amélioration de nombreux budgets due à l'extraction de l'or en pays Yombe n'est pas pour modifier cet antagonisme ».

​​

Hagenbucher-Sacripanti,

Les fondements spirituels du pouvoir au royaume de Loango, République populaire du Congo, Paris, 1973

     

       Peuple de la forêt, les Bayombe savent tirer profit de leur environnement par la chasse et la pêche. L'agriculture se fait par brûlis, les travaux agricoles étant l'apanage des femmes qui produisent bananes plantains, le manioc, le maïs, les haricots, les arachides et les ignames, vendus en partie sur les marchés locaux. Ils élèvent aussi chèvres, porcs et poulets. Mais c'est aussi une civilisation reconnue pour son artisanat.

1.png

« Dans la première enfance, enfin, sont pratiqués les tatouages et mutilations qui seront à la fois le signe distinctif de la tribu et comme la médaille d'identité de l'individu  »

 

Docteur Ad. CUREAU,

Les sociétés primitives de l'Afrique équatoriale,

Librairie A. Colin, 1912

      Selon la tradition, les Bayombe sont divisés en neuf clans, issus des neufs filles de l'ancêtre commun, la mère de tous, Mbangala, la "mère aux neufs mamelles". Cette ascendance mythique donne à la femme yombe un statut particulier, qui s'incarne notamment par la matrilinéarité, car c'est par la femme que la pérennité du clan est assurée.

       La scarification du corps fait partie de cette mise en valeur de la féminité. Tous les explorateurs de l'Afrique des origines sont frappés par ces corps scarifiés par incision superficielle de la peau à l'aide de pierre, de verre ou couteaux, réalisés de manière géométrique. A la fois d'essence rituelle (passage à l'âge adulte), sociale (reconnaissance du clan) et esthétique, ces scarifications étaient générales dans l'Afrique noire. Aussi assimilées à des tatouages, elles soulignaient la beauté féminine et la fécondité. Les scarifications corporelles (mabina) des femmes yombe étaient parmi les plus élaborées du continent, exécutées sur le cops des petites filles dès l'âge de 10 ans.

 

         On retrouve logiquement dans la statuaire yombe ces décors géométriques corporels. Car les Bayombe sont aussi réputés pour leurs figures de maternités (phemba), qui mettent encore à l'honneur les femmes et leur fécondité. Ces archétypes de la beauté féminine sont propres aux peuples Kongo dans leur ensemble, mais ce sont les Bayombe qui en fournissent la représentation la plus élaborée et la plus expressive. Cet art Phemba (qui signifie "couleur blanche" comme la kaoline, terre blanche caractéristique, et par extension "pureté") s'est particulièrement développé pendant la période du commerce triangulaire, la population bantoue ayant été particulièrement ponctionnée par les traites négrières. Ces représentations de mères tenant leur enfant, ou mère allaitante, soutiennent l'idée de fécondité comme promesse de générations futures.  

122-3.JPG
124-4.jpg

Mère et enfant

Bois sculpté, 27,9 x 12,7 x 11,4 cm

XIXè siècle

Musée du Brooklyn, USA

124-3.jpg

Phemba allaitante

Bois sculpté

XIXè siècle,

Museum Rietberg, Suisse

124-2.jpg

Maternité Phemba

Bois sculpté

XIXè siècle

Musée du Quai Branly, France

124-1.Statue yombe.jpg

Maternité Phemba

Bois sculpté, 31,8 x 11,4 x 9,5 cm

XIXè siècle

Musée du Brooklyn, USA

1926

1993

PORTFOLIO

LA MAYOMBE 

122-4.jpg
122.Photo Mayombe.jpg
122-5.jpg
122-6.jpg
bottom of page