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La démarcation

Millière entreprend donc une démarcation avec son "collègue" portugais afin de définir la frontière ; entreprise pas si simple, compte tenu du terrain, des intérêts de chaque puissance et des réactions des autochtones, pas toujours favorables à ces découpages à l'emporte-pièce. A travers marais, fleuve, montagnes et forêts, la commission de délimitation évolue péniblement sous la touffeur équatoriale.

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La délimitation des nouvelles frontières franco-allemandes au Congo

​Supplément illustré du Petit Journal

Novembre 1913

      Cette célèbre illustration, fréquente dans les manuels scolaires, illustre à merveille la délimitation de frontières par les Européens ; les deux ingénieurs ne semblent nullement perturbés par le terrain hostile, tout le bas du corps immergé dans un marécage. Devant eux, des porteurs font le passage au coupe-coupe. En effet, le traçage d'une frontière ne souffre aucune contrainte, aucune difficulté ; prime le tracé.

 

       Il s'agit d'une "démarcation". La démarcation, c'est l'action d'appliquer sur le terrain une "délimitation", à savoir la description d'une ligne frontière définie dans des salons par des diplomates. La démarcation est donc le travail d'ingénieurs topographes qui doivent trouver dans l'espace une transcription d'une contraction juridique souvent assez floues.

 

         La première étape de la démarcation est de rassembler tout document pouvant assoir une revendication, cartes, traités passés avec les chefs... Puis il s'agit de diviser la future frontière en tronçons différenciés par type d'éléments descriptifs, cours d'eau, ligne de faîte, ou autre. Vient ensuite la vérification sur le terrain, la démarcation proprement dite, qui est l'application physique de la ligne au sol, valant séparation entre deux possessions, sans tenir compte des populations qui s'y trouvent. 

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La frontière

      Voici la frontière délimitée par Millière, imaginée par l'auteur (qui n'est pas la bonne, puisque la vraie délimitée vingt ans plus tard sera sensiblement différente). Elle suit un parcours qui donne différentes limites :

 

      -entre les bornes A et B, il s'agit d'une frontière artificielle, de type astronomique, établie d'après un parallèle, ce qui rend la limite rectiligne, quelque soit les obstacles ;

 

      -entre les bornes B et C, la frontière épouse les sinuosités d'un cours d'eau. C'est donc une frontière fluviale, dite naturelle. Les démarqueurs pouvaient se fonder soit sur une rive, soit sur la distance équidistante des rives, soit sur le thalweg qui consiste à prendre la limite dans la profondeur maximum du lit du cours d'eau ;

​      -entre les bornes C et D, autre frontière physique, celle orographique, en l'occurrence la ligne de faîte d'une montagne (qui relie les points les plus élevées), qui se trouve être généralement la ligne de partage des eaux.

      L'issue de toute démarcation doit se conclure par un traité international qui fige définitivement les limites définies. 

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« A la conférence de Berlin il y a cent ans, les puissances coloniales qui exerçaient leur domination en Afrique se sont rencontrées pour la partager en différents Etats en fonction de leurs intérêts, regroupant divers peuples et tribus dans certains endroits et les séparant dans d’autres, à l’image d’un tailleur fou qui n’aurait accordé aucune attention au tissu, à la couleur ou au dessin du patchwork qu’il était en train d’assembler  »

 

Wole Soyinka, The Guardian, 17 mai 1994

         La frontière que la Commission franco-portugaise vient d'être appelée à déterminer au Congo, court à travers le pays Bavili en suivant sensiblement la ligne de faîte qui sépare les eaux du Chiloango de celles de la Loëmé.
         Je dis sensiblement, car, en certains points, la ligne frontière se confond avec des coordonnées géographiques et empiète sur le bassin du Chiloango.
         Cet empiétement est le résultat des dernières conventions intervenues entre les deux gouvernements, conventions destinées à ménager les intérêts économiques et politiques des deux pays. Il semblerait même que l'on ait voulu revenir aux limites que s'étaient jadis imposées les indigènes entre les royaumes du Cacongo et du Loango.
         En somme, le Cacongo forme aujourd'hui, et à peu près intégralement, l'enclave portugaise qui a pour chef-lieu Cabinda, alors que le Loango fait partie du Congo français.

      « Nous traversons de magnifiques plantations de manioc et de bananes et, le 18 juillet, nous pénétrons définitivement dans la zone montagneuse dite du Mayombe. Nous sommes désormais dans la grande forêt. La terre est plus riche, couverte d’une couche plus ou moins épaisse d’humus, produit de la décomposition des feuilles et des détritus végétaux. Les ruisseaux sont clairs, rapides et coulent à travers des taillis et sur des assises de grès.».

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Carte tirée de Commission de délimitation franco-portugaise. La zone frontière,

Paris, 1901-1902

Les textes ci-contre sont issus du même ouvrage.

Délimitation franco-portugaise au Congo

      « Le 21 juillet, nous parvenons au village de Chimungo-Sanga en territoire portugais… ».

      « Le 11 août, la Commission se trouva de nouveau réunie à Chidumba, après avoir reconnu les cours supérieurs du Luali et le massif orographique d’où sortent les rivières Louvakou et Luali. Nous sommes désormais en pleine région montagneuse ; la brousse se fait plus impénétrable et est arrosée par de nombreux torrents qui se précipitent des hauteurs pour aller se perdre, les uns dans la Loémé, les autres dans le Luali. Le 13 août, la Commission se fractionne à nouveau. Elle devra se retrouver à Cotodale, point déterminé astronomiquement… ».

      « Nous relevons toute la ligne de faîte qui s’étend des sources de la Loémé au méridien 10°30’. Nous sommes en pleine zone de soulèvement. Les plantations sont toujours nombreuses ; néanmoins les palmeraies sont moins riches ; les villages sont d’aspect misérable et sales, véritables villages d’hommes de brousse ».

      « Le 14 août, après avoir escaladé des crêtes de 800 m, nous quittons brusquement la forêt et descendons dans les vastes plaines des Iangalas qui semblent être l’ancien lit d’un fleuve. Cet immense bas-fond s’allonge sensiblement de l’Est à l’Ouest, du Congo au Quillou. Il est bordé au nord et au sud par une ligne de collines nettement dessinée, dont quelques sommets, vers la Moyombe, atteignent jusqu’à 950m d’altitude. ».

      « Le 28 août la mission de délimitation se disloqua. La délégation portugaise rejoignit la côte en descendant le Chiloango ; quant à nous, de M'Bamba nous nous dirigeâmes directement sur Kulla Mando en coupant quelques-uns des itinéraires de la Commission de 1894. ».

PORTFOLIO

Cartes postales des porteurs et des boys

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Equipe de porteurs Loango, vers 1910

En tipoï, vers 1910

Boys loango habillés à l'européenne,

vers 1905

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