
Frontière franco-portugaise
en Afrique
Millière et le Portugais Da Silva s'étaient donnés rendez-vous près de village de Massabi, entre Landana et Loango. Il s'agissait pour eux de trouver un terrain d'entente pour formuler une proposition de démarcation : chacun chez soi ! Le Portugal avait été le premier pays à explorer et investir les côtes occidentales de l'Afrique, au point de se les approprier d'autorité par le traité de Tordesillas (1494). Cette prétention avait été peu à peu rognée par les autres Européens, France en tête qui s'était installée au Sénégal, Côte de l'Or (actuel Ghana) et au Gabon : il tâchait maintenant pour les Portugais de ne pas tout perdre et fixer définitivement des frontières dignes de ce nom.

Congo Français ou France Equatoriale pour suivre l'Exposé fait à la Société de Géographie / par P. Savorgnan de Brazza
Carte au 1 : 3 500 000
Auteur : Jules HANSEN
Publié par la Société de Géographie. Séance extraordinaire tenus au Cirque d'Hiver le 21 Janvier 1886
Ce détail de carte de 1885 (près de trois ans après le passage de Millière donc) a été utilisée par Savorgnan de Brazza pour faire sa relation de voyage devant la la Société de Géographie : son trajet est consigné en pointillé noir. Après d'incessantes allers et venues du côté de l'Ogooué, l'Alima et le royaume du Makoko, de Brazza rencontra Stanley sur le Congo, avant de redescendre le fleuve jusqu'à son embouchure, remonter à Libreville en passant par Landana et Loango.
On voit bien que les frontières ne sont pas encore définies ; seules des ébauches y figures (lignes en petites croix). Au sud de Landana, Portugais et Belges de l'AIC se sont entendu sur un tracé : l'embouchure du Congo est laissé à Léopold II (seul accès à l'immense colonie qu'il se constitue), ce qui fait qu'un territoire portugais de détache de l'Angola portugaise au Sud, future enclave du Cabinda.
Mais Français et Portugais ne se sont pas encore entendus : les Portugais voulaient garder Landana, les Français Pointe Noire : ce sera donc du côté de la lagune de Massabi que la démarcation se fera.
En couleur ont été ajouté les itinéraires de trois membres de la Mission de l'Ouest africain : Louis Alexandre Antoine Mizon, officier de marine (un ancien de la 2è expédition Brazza), le lieutenant de vaisseau Charles Rouvier, officier d’ordonnance du ministre de la Marine et un certain Jacob (?). Ces trois hommes ont évidemment été affecté à des repérages entre océan et Niari, ce fleuve que Brazza pensait être le meilleur accès au Stanley Pool. Mais ils ne se sont pas contentés d'explorer la vallée du Niari-Kouilou. Ils ont réalisés plusieurs itinéraires dans la forêt de la Mayombe, peut-être à la recherche d'une potentielle frontière...


cartographe
Le cartographe n'est pas forcément l'explorateur. L'auteur de la carte ci-dessus est Jules Hansen, et il n'a jamais mis les pieds en Afrique. Son travail, en France, était de récolter toutes les données, notes, relevés topographiques, journal de bord, itinéraires..., le travail du dessinateur-géographe étant de faire la synthèse de toutes ces informations sous forme de carte.
Né à Paris en 1849, Hansen fait ses études à l’École des Arts décoratifs, puis à l’École des Arts et Métiers (comme Millière). Fréquentant la bibliothèque impériale, il y rencontre des personnalités qui l'introduit dans le monde de la géographie. Affilié à la Société de Géographie, il est en contact avec les membres des trois explorations de Brazza au Gabon-Congo. Il cartographie l'ensemble des itinéraires par eux parcourus, et devient à ce titre « cartographe du Congo français» en 1887, nommé par de Brazza lui-même.
« Le travail d’Hansen peut ainsi se raccrocher à la longue tradition des géographes-cartographes de cabinet. Il est un des derniers représentants de cette période de cartographie d’exploration où le dessinateur-géographe et l’explorateur se rencontrent et travaillent dans une grande proximité, période qui s’achève au début du XXe siècle avec la création des services géographiques et la mise en place d’une cartographie régulière ».
Jules Hansen (1849-1931) : dessinateur-géographe, L’exploration de l’Afrique mise en cartes
Olivier Loiseaux
Bibliothèque nationale de France Département des Cartes et Plans

« les européens se sont mis à tracer des lignes sur des cartes là où aucun européen n’avait jamais mis les pieds ; nous nous sommes mutuellement donné des montagnes et des fleuves sans avoir la moindre idée de leur emplacement »
Cité dans Wilson, H.S. (1977), L'expérience Impériale en Afrique Subsaharienne depuis 1870, St Paul ; Presses universitaires du Minnesota, 1977, page 95
Quatre cartes pour quatre temps d'un territoire : le littoral de Loango à Landana.
La carte de 1884 ne fait figurer de frontière entre le Congo français et le Cabinda portugais, car elle est réalisée avant la Conférence de Berlin (1885) qui fixera les limites des domaines coloniaux des Européens en Afrique. Les accords accèdent à la revendication de Léopold II de donner l'embouchure du Congo à son immense colonie, l'Etat Indépendant du Congo (EIC). L'enclave du Cabinda se trouve donc détachée de la colonie de l'Angola.
Limité au Sud par l'EIC, le Cabinda devait trouver sa limite au Nord avec les Français. Par un traité du 26 février 1884, la diplomatie britannique reconnaissait les droits du Portugal jusqu'à Pointe Noire. La carte de 1899 montre bien la limite entre les deux territoire, une frontière qui se prolonge même dans l'océan. Mais c'est encore une frontière approximative car l'officielle sera délimitée par une commission franco-portugaise en 1901-1902.
La carte de 1936 montre la frontière par un pointillé noir doublé de rouge à partir de Massabe ou Massabi. Elle mesure 231 km de l'océan au tripoint où se rejoignent les frontières du Congo français, de l'Angola et du Congo belge. Pointe-Noire supplante désormais Loango, devenant le principal port en eau profonde de la colonie ; le tracé du chemin de fer Congo-océan apparait en rouge et blanc : sa construction (1921-1934) restera le symbole de la domination et de la violence coloniale.
Enfin, la carte Michelin de 1993 montre la frontière au même endroit. En effet, ici comme dans toute l'Afrique, les frontières des Etats indépendants se sont calquées sur les frontières coloniales, ce qui, encore aujourd'hui, peut être source de tensions. Car depuis l'indépendance de l'Angola (1975), un Front de Libération de l'Enclave du Cabinda mène le combat pour l'indépendance.
1884
1926
1899


1993

