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Le Gabon en 1883

Au moment où Millière débarque à Libreville, au début de l'année 1883, ce qui constitue aujourd'hui le Gabon est loin d'être encore connu. Le pays, recouvert d'une immense forêt, est difficilement pénétrable hors les cours d'eau qui se remontent en pirogues.  

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Carte générale du Gabon​

Auteur : Auguste Largent, cartographe

Date : 1884

       La carte nous offre un bon panorama des connaissances du Gabon un an après le premier passage de Millière. L'estuaire du Gabon est fort bien connu sur ses deux rives, ainsi que ses principaux affluents, la Komo qui pénètre la forêt plein Est, la Remboué qui s'enfonce vers le Sud. La pénétration de la forêt dense se faisant par les cours d'eau, les villages des deux rives sont connues, mais pas au-delà. La Komo n'est explorée que sur une trentaine de kilomètres depuis sont embouchure dans l'estuaire, alors que le fleuve fait plus de 200km. Tout ce qui se trouve entre les cours d'eau restent blanc. 

      Ce qui alors mieux connu en profondeur, c'est l'Ogooué (en bas à droite). En effet, ce fleuve a attiré tôt l'attention de l'explorateur Savorgnan de Brazza, qui y a déjà mené deux expéditions, l'une en 1875-1878 au cours de laquelle il remonte le cours depuis Lambaréné sur plus de 300km, l'autre en 1879-1882 au cours de laquelle il fonde des stations dont Franceville, à partir de laquelle il va franchir le plateau des Batéké pour atteindre le Congo. Brazza pensait que l'Ogooué offrirait aux Européens l'accès au cœur du continent, or le fleuve butte, comme les autres, sur les Monts de Cristal, vaste chaine de montagne parallèle à la côte et recouverte de forêts épaisses. Seule la furie du Congo a su se frayer un chemin à travers ces Monts jusqu'à la mer. L'Ogooué ne sera donc pas l'axe de pénétration voulue par de Brazza.  

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LA FORÊT

La forêt équatoriale a fasciné autant qu'intimidé les explorateurs européens, comme le suggère ce témoignage olfactif du docteur colonial Adolphe Cureau dans Les Sociétés primitives de l'Afrique équatoriale (1912) :

 

 « Il s'étire, il goûte la douceur de l'air attiédi ; il aspire les fauves émanations de la forêt. Impression exotique, s'il en fut, et pleine de sensualité : parfum de musc, âcreté d'herbes brûlées, miasmes malsains des marais, exhalaisons entêtantes des fleurs et des verdures, fadeur écœurante des pourritures, effluves animaux et végétaux d'une vie exubérante et féroce : le tout trituré, combiné, fondu dans l'universel creuset, traître à la santé de l'homme, mais séduisant et laissant à celui qui l'a une fois goûté le souvenir de je ne sais quelle enivrante volupté, la sensation d'un bain de vie ».

La forêt couvre encore 90% de la surface du Gabon. Elle constitue l'une des grandes richesses du pays, dont une partie est protégée dans les 13 parcs nationaux (soit 12% de la superficie du pays). L'okoumé est l'une des espèces les plus importantes de cette forêt. . 

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« L'épais plafond des frondaisons toujours vertes vous écrase ; la lourde et fade humidité vous oppresse ; le demi-jour verdâtre vous angoisse. »

 

Adolphe Cureau, Les Sociétés primitives de l'Afrique équatoriales, 1912

Village gabonais de Chinchoua (rivière Remboué) 

gravure de Thérond d'après une photographie de M. Houzé de l'Aulnoit, 1865

A l'embouchure du Remboué, le grand village mpongwé de Chinchoua a pour chef le riche traitant Ouassengo, du clan des Agulamba. 

 

      « Les villages mpongwè, assez peu étendus, sont les plus propres et les mieux disposés que j'ai vus en Afrique. Ils n'ont généralement qu'une seule grande rue, dont chaque côté est bordé de maisons [...]. Elles sont bâties avec un bambou particulier provenant d'une espèce de palmier très abondante dans la contrée, dont les feuilles fournissent aussi des nattes pour la toiture... 

      Les maisons, séparées les unes des autres, sont toujours de forme rectangulaire ; elles varient de vingt à cent pieds soit en longueur soit en largeur. La principale pièce est au centre; le sol est en terre battue et devient, par un long usage, un plancher dur et poli...».

Paul du Chaillu, 1856

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Chasseurs pahouins venus au Gabon pour vendre de l'ivoire

Louis Dupont, marquis de Compiègne, L'Afrique équatoriale, 1875

Le marquis de Compiègne est, avec Alfred Marche, le précurseur de l'exploration de l'Ogooué, relevant 400km de fleuve.

 

      « La chasse à l'éléphant se fait de cette manière : le sorcier ou médecin de la tribu, appelé n'gaan chez les Pahouins [les Fang] attire l'éléphant à l'aide d'un appeau appelé dibéka, après lui avoir préparé des appâts composés en grande partie de feuilles et de petites bananes nommées toto, dont l'éléphant est très friand. Pendant se temps toute la tribu se met à faire un entourage parfaitement rond de 800m de rayon environ, composé de bambous de dix pieds de hauteur [...]

        Lorsque l'entourage est terminé, le n'gan se perche sur un arbre voisin de la clôture et est muni d'une sagaie très pointue dont le poids est augmenté. L'éléphant, trouvant des bananes et de l'eau dans un sentier conduisant à cet arbre, vient s'y faire bénévolement tuer d'un coup de sagaie à l'épine dorsale à la région du cou.

       Aussitôt la sagaie tombée, tout le monde, hommes et femmes, se précipitent sur l'animal qui fait un tour sur lui-même comme un boeuf qui a reçu un coup de massue ».

M. Braouzec, Notes sur les peuplades riveraines du Gabon

 Bulletin de la Société de Géographie, mai-juin 1861

 

      « Le roi Denis possède de l'argenterie, de la porcelaine et du beau linge de table.

         Quand on va voir un chef ou un indigène, ils s'empressent de vous offrir des rafraîchissements, tels que bière, vin, eau-de-vie ou liqueurs ; le tout est servi très proprement et de la meilleure grâce du monde ; on leur causerait un grand chagrin en n'acceptant pas, ils considéreraient ce refus comme un grand mépris de leur personne ».

M. de Nordeck, Capitaine de vaisseau,

Le Gabon, 1872-1873

 Bulletin de la Société de Géographie de Rochefort

La case du roi Denis.

Dessin de Thérond d’après une photographie de M. Houzé de l’Aulnoit, 1865.

Le roi Denis était l'un des chefs mpongwés de l'estuaire du Gabon

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PORTFOLIO

Photos de Francis W.Joaque, Gabon, 1887 - Source GALLICA

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