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La mission Sainte-Marie

Le 29 septembre 1844, le Père Jean‐Remy Bessieux, débarqué la veille du navire français Le Zèbre, célébra pour la première fois en terre gabonaise une messe. Enfin... une messe catholique. Car une mission protestante américaine s'était déjà implantée, dix ans auparavant, au village du roi Glass. La concurrence évangélique alla donc bon train entre les missions, car la présence de celles-ci, au-delà du religieux, était sous-tendue par des raisons politiques. La mission catholique Sainte-Marie, qui investit le site du fort d'Aumale abandonné par 'administration, mit du temps à s'imposer aux portes de Libreville.  

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Sur cette illustration, près de trente ans postérieure à sa fondation, la mission apparait massive dans ses implantations : ses débuts pourtant furent rustiques. Les deux premiers frères, le père Bessieux et le frère Grégoire, partagèrent à leur arrivée en 1844 un "bout de magasin" du fort d'Aumale en planches, large de 3m sur 2. L'année suivante, les missionnaires reçoivent de Bouët-Willaumez une maison préfabriquée du Sénégal, assez vaste, installé à l'écart du port, où ils aménagent une chapelle, une école et un presbytère. Ainsi commença l'œuvre éducative de la mission. L'œuvre évangélique se développait à l'ombre d'une petite chapelle en bois, incendiée en décembre 1848 ; on songea alors à faire les choses en dur, église, résidence, écoles, ateliers furent construits en mur épais de latérite chaulés. La grande église de 30m sur 10m fut achevée en 1864, et dédicacée à Notre-Dame-des-Neiges. Sa massivité, à vocation d'impressioner les indigènes,servit de repère dans le paysage.

Vue de la mission catholique

Le Monde illustré, 1870 (Musée de la Marine)

Source Gallica

Ci-dessous, la mission au début du XXè siècle

Le clocher rouille a été élevé en 1900

 Quand Millière visite la mission en 1883, le père Tougne affirme : 

   « Proches de l’église, là-bas, les bâtiments conventuels des religieux ˗ nous sommes ce jourd’hui seize prêtres et quatorze frères, tous de la congrégation du Saint-Esprit. Là-bas se trouvent les écoles, primaire, professionnelle et catéchisme, et les bâtiments d’internat (nous avons quelques trois cents élèves en charge, ici, de Qaben et de Louis majoritairement), et là la menuiserie et les ateliers, car nous formons nos élèves à un métier. C’est la fonction principale de notre œuvre, l’éducation des jeunes Africains à la civilisation chrétienne. Les Sœurs de l’Immaculée Conception font de même sur le Plateau avec les filles. Vous voyez au fond le toit de notre hôpital, car l’œuvre sanitaire est notre deuxième mission, ici les hommes, les femmes, elles, vont à l’hôpital Saint-Pierre dirigé par les sœurs ; s’ajoute un hospice pour vieillards esseulés, plus loin. Ainsi, sans les religieux, point de salut à ces populations, ni éducation, ni santé, ni surtout de morale ». 

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Les missionnaires du Saint-Esprit

Fondée en 1704, la Congrégation du Saint-Esprit a fait de l'Afrique noire sa terre d'élection : en essaimant des missions au Gabon, au Congo, en Oubangui, elle joua un rôle central dans l'évangélisation des Africains. Leurs missionnaires constituaient souvent l'avant-garde des explorateurs, comme au Gabon où les Spiritains s'implantent avant la fondation de Libreville. Derrière leur mission évangélique (convertir, catéchiser et baptiser), ils développèrent des œuvres éducatives (écoles, ateliers, séminaires...) et sanitaires (hôpital). Souvent pourvus de barbes bien fournées, leurs silhouettes caractéristiques en longues aubes noires devinrent un élément caractéristique du paysage des colonies. A droite, le père Augouard (ici, faisant le "pacte de sang" avec le chef Bétou en Oubangui en 1892) fut l'un des principal acteur de la propagande des Spiriatains.  

« L'an dernier, chers lecteurs, visitant ensemble l'établisse-
ment de Sainte-Marie du Gabon, nous en avons étudié sur
place l'intéressante physionomie. Nous y avons vu à l'œuvre
son nombreux personnel d'écoliers et d'apprentis : agriculteurs, jardiniers, maçons, serruriers, cordonniers, rivalisaient de zèle et d'entrain pour exécuter la tâche qui leur
était assignée. Nous nous sommes retirés bien convaincus
que les jeunes noirs étaient, tout comme les blancs, sus-
ceptibles d'une excellente formation, et que la méthode
adoptée par les missionnaires pour la civilisation et la
régénération des peuplades africaines était de tous points
excellente.  »

L'Echo des missions d'Afrique de la Congrégation du Saint-Esprit et du Saint Cœur de Marie,

01 juillet 1885

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   « Il nous faut des écoles pour la propagation rapide et solide de l'enseignement chrétien. Il nous faut enfin des écoles pour y sauver les âmes »

Mgr Carrie, avril 1896

Outre la mission Sainte-Marie de Libreville, les pères spiritains avaient créé un réseau de missions au Gabon, sur l'Ogooué, et le long de la côte atlantique : c'est à propos de celles-ci que le père Tougne du roman s'inquiète et insiste pour rencontrer Millière et Kieffer.

LOango

Pointe noire



Landana


Kabinda



Boma


Saint Antoine

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LOANGO, Sacré-Cœur de Jésus (août 1883) : c'est le roi du Loango lui-même qui demanda la fondation d'une mission. Mgr Carrie y obtint donc un terrain de 100 ha contre 50 pièces ou cortades et un baril de tafia de 25 gallons, selon le contrat signé le 11 octobre 1882. Une chapelle de 25m de long est érigée en 1885. En 1889, l'établissement de Loango se compose de neuf missionnaires, d'un frère indigène et de 131 enfants. Il comprend un grand et un petit séminaire, un noviciat de frères indigènes, une école normale et une école primaire...
 LANDANA, Saint-Jacques (juillet 1873) : située dans une rade en bord de mer déjà investie par des factoreries, dotée d'un climat salubre. Un contrat est signé avec le cacique local, Peça Matenda contre 200 pièces du pays, 2 caisses de fusils, 2 barils d'eau-de-vie..  « Le point choisi pour ce nouvel établissement est au-dessus du Zaïre, à 5° de latitude sud, et, par conséquent tout-à-fait en dehors des possessions portugaises ». Or, les Portugais vont revendiquer le Cabinda, où se trouve Landana, et obtiendront raison par le traité de Berlin en 1885. Les Spiritains devront donc laisser la place aux missionnaires portugais !
BOMA, Notre-Dame des Victoires (mai 1880) : située assez loin à l'intérieur de l'estuaire du Congo. " 900 planches, 300 madriers et plusieurs caisses de matériel", ainsi est fondée la mission. Débuts difficiles, hostilités des natifs, famine, pas plus de 40 enfants en 1885... Intégrée à la colonie de Léopold II, la mission passe aux mains des scheutistes belges en 1887.
PINDA, Saint-Antoine (octobre 1881) : située en l'embouchure du Zaïre, rive gauche, la mission bénéficia d'un environnement déjà en partie évangélisé. "La mission acquit à Pinda une des plus belles et des plus vastes vallées qu'il y ait dans le pays" écrit Mgr Carrie. Mais, accusés d'être responsable d'une sécheresse, les missionnaires sont obligés de vider les lieux sous la pression indigène au début de 1886.

Les Missions Catholiques, n° 664, février 1882, p. 102. Extrait de la carte dressée par le P. Augouard.

Les premières missions du Congo : Landana, Borna, Saint- Antoine, Nemlao, Loango.

PORTFOLIO

Photos de Francis W.Joaque, Gabon, 1887 - Source GALLICA

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