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Les Batéké du Pool

Dernière étape du périple de Millière : le Stanley Pool, aujourd'hui Pool Malebo, appelé N'Kuna par les autochtones. Par un traité signé le 10 septembre 1880, le roi des Batéké, le Makoko  Illoy Loubath Imumba donnait souveraineté à la France des deux rives de de cette vaste retenue d'eau du Congo au-dessus des cataractes. En y parvenant, Millière entendait s'y faire accueillir avec tout le respect dû au représentant du pays souverain ; or, il y reçoit la plus mauvaise réception qui soit. C'est que les Batéké du Pool n'étaient pas si faciles à manœuvrer...  

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Carte du Stanley Pool

Mouvement Géographique, hebdomadaire belge au service des intérêts belges en Afrique, dirigé par Alphonse-Jules WAUTERS

Janvier 1884

       Millière parvient au Stanley Pool en juin 1883, soit au moment où cette carte est dressée. On y découvre deux grandes implantations belges en rive gauche : Léopoldville, fondée en décembre 1881 par Stanley, et Kintchassa, ou Nsassa (littéralement "marché du sel" en kikongo), village de près de 5000 habitants. Kintchassa donnera son nom à l'ensemble de la conurbation capitale en 1966.  

      De l'autre côté est la "rive française", avec le village téké de M'Foa, où Millière trouvera maille à partir avec son chef Nghia. Près du village, Brazza choisit le site d'une station coloniale (octobre 1880), que la Société de Géographie de Paris baptisera Brazzaville. Les premiers débroussages du site n'auront lieu qu'en mai 1884, et la première maison à y être construite ne sera inaugurée qu'en septembre de la même année. 

 

     Les stations belge et française se trouvent juste en amont des premières chutes du Congo. Le rétrécissement imposé par le relief des Monts de Cristal favorise l'étalement de l'Etang de Stanley, vaste étendue d'eau veinée de nombreuses îles sur 500 km2.   

 

       

         

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Un royaume sur des plateaux

      Originaires de la région du Cameroun d'où ils migrent au début de notre ère peut-être, les Batéké investirent les rives du Pool, au contact avec les Bakongo. Les divers groupes téké se seraient coalisés vers les XVè - XVIè siècles pour former un royaume puissant apte à faire face à leurs rivaux, et prendre le contrôle de mines de fer et de cuivre. 

         Au XVIIIè siècle, les Batéké migrent sur les plateaux qui portent désormais leur nom, au Nord-Est du Pool. C'est sur ces territoires mamelonnés de savanes qu'ils vont fonder un des Etats les plus structuré de l'Afrique centrale : le royaume Tio du roi Makoko, dont la capitale Mbé, qui signifie "rassemblement des grands chefs" sera le cœur battant. 

        Le royaume étant structuré autour de la croyance du Nkwenbali, selon laquelle le monde est habité d'êtres spirituels, les paysages du plateau sont incarnés par des Nkira, des esprits de la nature.  Ils               « logent en des endroits précis qui correspondent souvent à des sites importants dans l’histoire du Royaume. Il s’agit dans la grande majorité d’exceptions de la nature telles que des rapides, des tourbillons, ou des sites d’anciennes occupations humaines auxquels des croyances et des légendes Tio sont associées ». 

 

     

La citation ci-dessus et la capture d'écran ci-contre sont issues de l'excellent site Le Domaine Makoko, Mbé, Congo Brazzaville, élaboré par le Ministère de la Culture en collaboration avec les habitants du royaume, dans le cadre du programme Africa 2009

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« Comment le makoko, croyant utiliser le Français contre un adversaire, s'est fait prendre à son jeu »

 

Jean-Pierre Bat, La ruse du makoko, revue Histoire, novembre 2020

G. Dascher

L'Exploration de M. de Brazza (1875-79) Son traité avec Makoko, illustration de 'Les Colonies Françaises' 
Bibliothèque Nationale

Une vision occidentale de l'entrevue

         C'est en traçant à travers le Plateau des Batéké depuis le haut-Ogooué que l'explorateur Pierre Savorgan de Brazza fut le premier Européen à entrer en contact avec le royaume Tio du Makoko. 

 

       « Makoko s'étendit sur sa peau de lion, accoudé sur des coussins ; ses femmes et ses enfants s'accroupirent à ses côtés. Alors le grand féticheur s'avança gravement vers le roi et se précipita à ses genoux en plaçant ses mains dans les siennes. Puis se relevant il en fit autant avec moi, assis sur mes ballots en face de Makoko. Le mouvement de génuflexion ayant été imité successivement par les assistants, les présentations étaient accomplies. Elles furent suivies d'un court entretien dont voici à peu près le résumé :

       " Makoko est heureux de recevoir le fils du grand chef blanc de l'occident, dont les actes sont ceux d'un homme sage. Il le reçoit en conséquence et il veut que lorsqu'il quittera ses Etats, il puisse dire à ceux qui l'ont envoyé que Makoko sait bien recevoir les blancs qui viennent chez lui, non en guerriers mais en hommes de paix ". 

      [...]

       Makoko tenait beaucoup à ce qu'on établit près de sa résidence de Nduo le nouveau village des blancs. Ce n'est pas sans regret qu'il accéda à ma demande de le fixer plus loin, à N'couna, même après que je lui eus expliqué la raison de mon choix qui était d'ouvrir sur ce point une route plus facile aux blancs français (fallas). " Ntamo m'appartient, dit-il, je te donnes d'avance la partie que tu désigneras ".

      [...]

      Je suis resté vingt-cinq jours sous le toit de Makoko, j'ai séjourné deux mois dans ses Etats ». 

 

Pierre Savorgnan de BRAZZA,

Conférences et lettres de P. Savorgnan de Brazza sur ses trois explorations dans l'Ouest africain, 1887 

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         Le choix de traiter avec le Français et de lui accorder une terre sur les rives de N'couna (Pool Malebo, ex Stanley Pool), peut être considéré comme un aveu de faiblesse de la part du Makoko. Il s'avère que son autorité est déclinante, notamment sur le Pool, où l'un de ses vassaux, Ngaliema Insi, chef du village de Kintamo (sur le site actuel de Kinshasha) s'est bien entendu avec Stanley lors de sa descente du Congo en 1877, et se serait accordé avec lui pour s'émanciper de son souverain. Alors, quand le Makoko apprend que le Français de Brazza a franchit les plateaux Batéké, c'est le souverain qui prend contact avec l'explorateur et non l'inverse. Makoko entend ainsi court-circuiter les ambitions de Stanley et de Ngaliema Insi. Il pense ainsi manœuvrer le Français à son avantage en lui donnant ses terres du Pool, y compris celles du chef de Kintamo. Mais ce faisant, il ouvre grandes les vannes de la colonisation sur son territoire et sonne sans le savoir le glas de sa souveraineté. 

 

Bada Salomon

Entrevue entre Savorgnan de Brazza et le roi des Teke, Makoko.

Peinture réalisée par un peintre pygmée centrafricain

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PORTFOLIO

Chutes de la LOUFOULAKARI (30m de haut) o arrive Millière - Wikiloc

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