
La tchikumbi
Parmi les traditions vili, il en est une dont le peuple semble très fier, c'est celle de la tchikumbi. Millière fut invité à assister à l'une de ces cérémonies par Peter Gimbel, le chef du village Martinique. Malgré les explications d'Andéol, il ressortit assez bouleversé de cette expérience. Il s'agit d'un rite de passage pour les jeunes filles, de l'enfance à l'âge nubile, avec toute une batterie de rites initiatiques dont le point d'orgue est la nlimba, la danse.

« Les cérémonies d'initiation et de fécondité qui se déroulent pendant la période dite « de tchikumbi )) ont pour but d'agréger les jeunes filles nubiles à la collectivité, de leur faire prendre connaissance des mythes relatifs à la création de l'Homme et surtout de leur apprendre à vivre en respectant les innombrables interdits (sing. tchi:na) qui pèsent sur la vie de tout individu et dont les Bakisi basi sont les plus sûrs garants. Parvenue à l'âge nubile, la jeune fille accède à un nouvel état physiologique et social dont les significations ne sont pas sans rappeler l'assimilation générale de la Féminité (sexualité, fécondité) à la chaleur et au feu ».
Frank HAGENBUCHER-SACRIPANT
Les fondements spirituels du pouvoir au royaume du Loango
Ainsi cela se passe : à l'apparition du premier sang, la jeune fille doit fuir dans la brousse, rattrapée par les femmes du village qui la ramènent sur le dos et l'enferme directement dans une case. Avec des amies de son âge, elle y passera quelques jours d'initiation, à commencer par chanter et pleurer sur la fin de l'enfance. La tchikumbi y est initié à son futur statut de femme et d'épouse, est instruite des comportements à tenir et des interdits, est entraînée à des chants et des danses. Ses jeunes accompagnatrices, qu'elle a choisies elle-même, la secondent dans cet apprentissage, l'enduisent quotidiennement d'une couche de tukula (un enduit au bois rouge, le padouk), la parent chaque matin et l'encouragent enfin à la patience.

Jeune fille Tchikoumbi, [peuple] Bavili - Loango, parée pour la danse
Photographie,
Auteur : Germaine Krull
Congo, 1943

la tchikumbi
Au matin de la cérémonie, la tchikumbi est sortie de sa case et mise sur une natte. Elle est soigneusement lavée et la tête rasée. La matrone qui dirige les opérations, connue pour son expérience et sa sagesse, prépare ensuite un repas rituel comprenant obligatoirement du poulet, une aubergine grillée, une ou plusieurs bananes grillées, la tête séchée d'un silure. L'une des jeunes accompagnatrices présente à l'initiée les aliments les uns après les autres, qui fait mine d'y goûter sans y porter la main. Pour parfaire la préparation, la jeune fille, enduite d'huile de palme, reçoit 9 couches de tukula, chaque application se faisant à l'issue 'un temps de séchage.
Après séchage de la dernière couche, la tchikumbi reçoit habits et parures traditionels :
- une jupe de raphia (lisuni) recouverte d'une couche de mwüba (sauce épaisse obtenue par la cuisson dans l'eau de noix de palme décortiquées et pilées) puis imbibée de tukula ;
- une bande de raphia (mphufa) à laquelle sont accrochés des grelots, dissimulant les seins, et dont les extrémités sont attachées par deux cordons noués dans le dos ;
- sindetchika, perles très fines et multicolores placées en diadème sur le front ;
- milu :nga yi mio : plusieurs bracelets de cuivre enserrant les deux avant-bras du poignet à la saignée du coude ;
- milunga yi ma : gros et lourds anneaux de cuivre enfermant la jambe de la cheville au genou.
- sinzim:bu makrra:du : colliers de perles rouges ;
- missüga : ceintures de perles ;
- mavemba : bracelets de raphia.
Frank HAGENBUCHER-SACRIPANT
Les fondements spirituels du pouvoir au royaume du Loango

« Kwüga Lele tchinunuka, Kwüga Lele tchinunuka » “ qu’elle se hâte ! Elle dort encore, réveillez-la ! ”
Paroles rituelles prononcées à la tchikumbi
Photographies et texte tiré de
Frank HAGENBUCHER-SACRIPANT
Les fondements spirituels du pouvoir au royaume du Loango
Les festivités débutent par un grand repas auquel sont conviés les membres du clan et les amies de la tchikumbi. Puis à la nuit tombée, on s'apprête pour la danse de la tchikumbi, la nlimba. L'assistance forme un demi-cercle, quand les femmes font monter l'ambiance en pratiquant quelques danses. Puis, c'est au tour de la tchikumbi.
« La tête courbée et légèrement inclinée de côté, elle salue l'assistance par de bruyants cliquetis de ses bracelets qu'elle frotte et entrechoque à intervalles réguliers. Assise sur le sol, courbée en avant, les jambes repliées sous elle, la jeune fille remue la tête par de rapides circumductions alternant avec de lentes et suggestives rotations du bassin. Les mouvements s'accélèrent et augmentent d'amplitude jusqu'à ce que la danseuse se redresse et commence, accroupie, un enchaînement de demi-extensions de chaque jambe accompagnées dans le même temps d'un repli du membre opposé, la pointe du pied sur le sol. Les bras étendus maintiennent l'équilibre, tandis que les foulards tenus dans chaque main dessinent de larges arabesques. La tchikumbi rythme chaque expiration à l'aide d'un sifflet qu'elle garde constamment serré entre ses dents ... Une détente accompagnée d'un bref appui sur les mains et c'est une culbute sur le dos au terme de laquelle le redressement du corps marque la reprise des figures précédentes ; la danseuse se déplace et parcourt toute la superficie qui lui est réservée, s'attardant devant tel ou tel spectateur qui se lève pour lui remettre une pièce de monnaie qu'elle saisit dans sa bouche préalablement débarrassée du sifflet ... Dans l'assistance, une parente attendra que la jeune fille passe à sa portée pour lui permettre de recracher, dans la main qu'elle lui tend, les piéces recueillies qui gonflent ses joues. Les déhanchements et mouvements du bassin d'avant en arrière reprennent, debout, mains sur les hanches, se poursuivent à genoux, lents, appuyés et se prolongent le corps allongé sur le dos, puis sur le côté, avant de s'accélérer progressivement et d'atteindre un rythme spasmodique. Une matrone se lève et vient recouvrir d'un pagne le corps frémissant de la tchikumbi ».







PORTFOLIO
PHOTOGRAPHIES de tchikumbi par Bernard Lefebvre, Loango, 1942 - ImagesDéfense





