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Les Bavili, habitants du Loango

Le premier peuple africain auquel Millière est confronté en tant que chef d'expédition est celui du Loango, les Bavili. Et il comprend que les rapports avec le futur "indigénat" est loin d'aller de soi, notamment les autorités royales, sensément avoir reconnu la souveraineté française. Par l'intermédiaire de son interprète Andéol, lui-même vili, il cherche néanmoins à comprendre ce peuple, sa mentalité et ses traditions. Mais cette approche est souvent faussée par la condescende que leur porte les Blancs, notamment les religieux qui, sans le baptême, les considèrent comme d'invétérés fainéants et polygames.    

Type de race Bavili

Phototypie sur papier cartonné

Photographe : A. Bergeret

vers 1905

Cette illustration semble représenter un jeune notable du peuple Vili, dont la taille est ceinte d'un pagne de raphia (n'lele ngombo ). A l'intérieur du pagne est introduit une pipe. Sur sa poitrine, deux baudriers (simpat'kni ), un en bandoulière pour porter une épée, et un autre sous le bras pour porter un charme (fétiche). Chaque bras est orné de bracelets de même nature ( Tchitchia fukula ). Sa tête est coiffée d'un couvre-chef en raphia réservé aux nobles ( Mpu ). Il tient à la main une sorte de sceptre.

source wikipedia

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         En dépit du titre (révélateur d'une époque) de cette carte postale, Vili n'est pas une race. C'est un peuple bantou, issu des Kongo, caractérisé par une langue, le vili, parlé encore par 50 000 personnes environ. 

         Comme tous les peuples des littoraux, le Bavili pratiquaient la pêche ;  l'agriculture jouait aussi un rôle fondamental. L'activité textile était considérée comme noble : les portugais avaient les premiers remarqué la qualité de leurs étoffes en raphia (palmier bambous) dont ils faisaient commerce ; les étoffes de qualité supérieure était confectionnées à partir des feuilles du palmier rônier. Nattes et tissus du Loango étaient exportés à l'intérieur du continent, ainsi que le poisson séché et l'huile de palme ; en retour, ils importaient ivoire et bois rares. Les Bavili sont aussi reconnus pour leur artisanat de l'ivoire sculpté.  

 

         Par leur position privilégiée sur l'océan, les Bavili furent tôt au contact des Européens, et leur introduction dans la traite négrière ne fut pas sans dénaturer les structures traditionnelles de la société vili. Les Bavili se livrèrent à l'odieux trafic du "bois d'ébène", et furent les grands pourvoyeurs de l'Afrique centrale en produits manufacturés européens, notamment l'eau de vie et les fusils. Le pouvoir royal s'émietta peu à peu, supplanté par le rôle croissant joué par les traitants et le Mafouque qui contrôlait les flux commerciaux. Quand les Européens investirent le pays, la jeunesse vili fut largement sollicitée, de gré ou de force, pour le portage.

         

Dans son ouvrage Histoire du Loango, Kakongo et autres royaumes d'Afrique (1776), l'abbé Proyart nous livre quelques poncifs stéréotypiques révélateurs de la façon dont les européens percevaient les Bavili au XVIIIè siècle :  

      « La paresse de corps accompagne ordinairement chez eux celle de l'esprit. Ce vice néanmoins n'affecte pas nécessairement la Nation, par ce qu'il n'est pas celui du sexe le plus faible.  Les femmes, accoutumées dès l'enfance aux travaux les plus pénibles de l'agriculture, s'y livrent avec une ardeur infatigable. La chaleur, il est vrai, incite l'homme au repos [...] ».

      « Ces peuples sont fort pauvres, considérés relativement à nous ; mais dans le vrai, celui qui n'a besoin de rien est aussi riche que celui qui a tout en abondance, et il vit plus content ».

      « Les nègres commerçants qui habitent les côtes sont, pour la plupart, méfiants et intéressés jusqu'à la friponnerie. ».

      « Ces peuples, à parler en général, sont inapplicables , mais pas incapables d'application ».

      « C'est une opinion qui s'accrédite de jour en jour, que la licence des mœurs parmi ces peuples est portée jusqu'au débordement ; ainsi l'assurent les auteurs modernes qui traitent de ces pays. De prétendus voyageurs se jouant de la bonne foi  publique, n'ont pas craint d'avancer que les prostitutions, les adultères et les plus monstrueux excès de la débauche y sont passés en usage, au point que les maris eux-mêmes favorisent le libertinage de leurs femmes [...] ».

      « On a remarqué en eux un esprit juste et pénétrant ».

      « Les peuples de ces contrées, hommes et femmes, aiment beaucoup à parler et à chanter ; [...] Les femmes, en cultivant leurs champs, font retentir la plaine de leurs chansons rustiques ; et les hommes passent le temps à raconter des nouvelles, et à discourir  sur les objets les plus frivoles. C'est surtout l'après-midi qu'ils tiennent leurs assemblées, à l'ombre d'un arbre bien touffu ».

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fondements spirituels

      Les quelques appréciations abruptes d'un abbé Proyart ne peuvent pas rendre compte de l'incroyable complexité de leurs fondements spirituels de la société vili :

 

      Nza : mbi Mphungu est le Dieu créateur et ordonnateur du monde, lointain et immobile, qui domine la cosmogonie de tous les Ba-Kongo. Il se manifeste parfois par un vent léger qui s'arrête aussi subitement qu'il s'était levé, une averse en saison sèche ou quelqu'autre incident d'ordre météorologique.

     Les "dieux inférieurs"  accessibles aux prières des hommes sont les Bakisi basi (sing. : Nkisi si). Le Nkisi si est l'esprit divinisé de l'ancêtre qui, le premier, occupa et délimita la terre du clan. Il est honoré dans un sanctuaire (tchibila). Le nthomi ou tchinthomi (prêtre) entretient le tchibila et invoque le Nkisi si. Une représentation de la divinité, sculptée dans le bois, est placée au milieu du tchibila. De fréquentes libations de nsamba, des offrandes de kola, de gingembre, de piments sauvages et de diverses plantes à saveur piquante sont effectuées devant la statuette (nkhosi) en diverses périodes de l'année, notamment avant les pêches et les récoltes.

Compilations de Les Fondements spirituels du pouvoir au royaume du Loango,

Frank Hagenbucher-Sacripanti,

pas moins de 217 pages pour comprendre l'univers mental et spirituel des Bavili (accès libre sur internet)

 

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« Mu:tu lumonio lufoti » : « l'être humain est une liane »

 

proverbe vili,

l'humain est apparenté avec ses semblables comme une liane est enchevêtrée à tous les végétaux

Les Nkondi

         Ce sont des statuettes mystiques caractéristiques des peuples kongo. De formes humaines ou animales, elles sont garnies de lames de métal ou de clous. Elles portent en elles un pouvoir magique, étant un pont entre le monde des vivants et les ancêtres, entre le réel et le symbolique.

      Beaucoup de ces Nkondi étaient utilisées publiquement pour protéger les villages de mauvaises intentions ou autres sorcelleries, pour éloigner le danger et les mauvais sorts. Ils pouvaient aussi sceller des alliances ou des unions au sein des communautés. Ils peuvent être aussi utilisés à titre privé, dans les mêmes intentions, chaque clous correspondant à un litige pour le règlement duquel on a évoqué le pouvoir magique de l’objet, ou en témoignage  d'aide ou de guérison.

      Les Nkondi sont façonnés et maniés par des spécialistes du fait religieux, les nganga. Considérant que la statuette est habitée d'un esprit, le clouage aurait pour but de le réveiller ou l'exacerber.

 

       Véritables joyaux de l'art africain, très recherchés des collectionneurs, les masques vili sont les emblèmes d'une culture millénaire. Ces masques sont utilisés à l'occasion de cérémonies rituelles, d'initiation comme la circoncision, ou d'évènements importants de la vie communautaire. Il existe aussi des masques de divination, sous lesquels les nganga (sorciers) peuvent identifier les "mauvaises ondes" qui perturbent la communauté. 

 

Masque vili, Gabon

Bois, H. 32 cm

Collection particulière

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Statuette magique nkisi nkondi, Vili, Loango, République Démocratique du Congo.

Bois, métal, verre, textile, fibres végétales, pigments, résine, matières organiques.

H. : 63,5 cm.

Collectée par Joseph Cholet en 1982. 

Paris, Musée du Quai Branly-Jacques Chirac

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Masque vili, Gabon

Bois, H. 27 cm

Collection particulière

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PORTFOLIO

LOANGO : LIEU DE MEMOIRE

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Femmes bavili,

Moyen-Congo,

1924

Famille noire

à Loango,

vers 1910

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Village vili

près de Loango,

vers 1910

Femmes Loango "civilisées"

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Confection de nattes chez les Bavili

Hommes Loango en habit de fête

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