
Mâ Loango
Le Mâ Loango est le roi du Loango. Avant de partir en expédition, Millière et Kieffer se doivent d'une visite à Bwali, la capitale du royaume, pour apporter leurs présents au souverain. Celui de 1883, leur explique Andéol, s'appelle Moe Makosso Tchinkosso orthographié Moe Me'kosso me Tchikuussu, Tchikuussu signifiant "truand" ou "téméraire", car il n'était pas l'héritier le plus direct de l'ancien roi, et prit le pouvoir par la force. C'est sous son règne (1875-1885) que le Loango passe sous souveraineté française.


Ville de Loango
Auteur : Olfert Dapper
Date : 1686
Le Mâ-Loango vivait en sa capitale, Bouali ou Bwali. L'illustration ci-contre émane de l'imagination d'un humaniste et géographe hollandais... qui n'est jamais allé en Afrique ! Il la comparait à la ville à Rouen, deuxième ville de France alors. Cette interprétation est donc sujette à caution, mais reste intéressante pour se représenter la façon dont les Européens percevaient la capitale de ce royaume prospère.
Aujourd'hui, il ne reste plus rien de cette cité ou presque. Il est donc difficile de se l'imaginer. Elle était bâtie sur un site remarquable, à portée de regard de l'océan, au-dessus des gorges de Diosso, impressionnante dépression géologique creusée par les pluies dans des formations ocrées.
Le site officiel du royaume de Loango donne cette description de Bwali au temps de sa splendeur :
« Elle avait de grandes rues et d’autres transversales que les habitants prenaient grand soin de tenir dans un état salubre. Les maisons de forme rectangulaire étaient disjointes. Il y avait devant les habitations de grandes allées bordées de palmiers et manguiers. A l’arrière des habitations, on y trouvait des bananiers et palmiers cotoyant des enclos à bétails ou des poulaillers. Comme ornement, les concessions étaient enceintes de haies vives d’hibiscus, de citronnelle et de lantanas dont le parfum exquis embaumait l’air.
Au milieu de la cité se trouvait une grande place proche du tchinganga-mvumba “palais royal”. Celui-ci était environné d’une vaste palissade de palmes compactées formant un carré. On y voyait un grand nombre de maisons où étaient logées les innombrables épouses du roi. Les maisons de Bwali étaient longues, construites en planches éclatées quand elles ne l’étaient pas en maanga “espèce de palmes agglomérées ou compactées. Les toits, à deux versants perpendiculaires, étaient en nkuunza “ espèce de palme aquatique”».

Mâ LOango
Le royaume du Loango est une monarchie héréditaire matrilinéaire, c'est-à-dire que l'héritier du trône n'est pas le fils du roi mais celui de sa sœur. Moe Me'kosso me Tchikuussu était bien le fils de la sœur du roi défunt, mais pas l'aîné, ce pourquoi il n'était pas l'héritier officiel. Ceci prouve que la transmission du pouvoir ne se faisait pas sans heurt, la cour n'étant pas exempte, à l'instar des européennes, de manigances et de trahisons.
Le royaume connut ainsi une grave crise institutionnelle entre 1766 et 1773, au cours de laquelle les Fumu-si (chefs de terre) remirent en cause l'absolutisme du Mâ-Loango. A la suite de quoi, la nouvelle dynastie (la quatrième) introduisit au caractère héréditaire de la monarchie une élection restreinte, celle des 27 clans primordiaux Kongo, au sein desquelles se trouvaient les deux branches Kondi et Nkata (composantes de la vague conquérante des Buvandji) desquels le roi devait être issu.
« Par le biais d’un Maloango sur le trône on visait la pérennisation du pouvoir, la stabilité de l’État et surtout la bonne gestion des affaires. En effet, en tant que ultime garant de l’ordre, le roi est moins le dépositaire de la force physique contraignante ou prêtre d’un culte de la force, qu’un régulateur social dont la fonction principale est de maintenir la sécurité et la prospérité du pays en envoyant des offrandes au sanctuaire de Bunzi [...] Sa réputation de clairvoyance et son prestige dépendent directement de l’opportunité des initiatives par lesquelles le roi sollicite les personnages susceptibles de conseiller et d’apaiser les forces néfastes qui affectent une région ou la totalité du royaume. ».
Site du royaume de Loango

« Le gouvernement, chez ces peuples, est purement despotique. Ils disent que leur vie et leurs biens appartiennent au roi »
Abbé Proyart, Histoire du Loango..., 1776
Le roi du Loango aux côtés de ses ministres, photo du début du XXe siècle.
Le roi incarne la nation Loango, mais il n'est pas le seul dépositaire du pouvoir. D'ailleurs, là n'est pas sa fonction première. Il porte le titre de Ngangue Mvumba, c'est-à-dire "le devin qui couve", comme l'oiseau couvant précautionneusement ses œufs. En somme, par son intelligence (ngangue) et sa clairvoyance, il est en place pour "couver" ses sujets, la gestion des affaires de l'Etat étant du ressort d'un gouvernement avec plusieurs dignitaires :
– le Mamboma Tchiloangu, premier des dignitaires, sorte de Premier Ministre, est la pierre angulaire de l’État, assurant en particulier l'interrègne après la mort d'un roi ;
– Le Manbouc est le prince héritier ;
– Le Mafuka, ou Mafouk, est le ministre du commerce ; c'est par lui que toute traite doit se faire, il contrôle importations et exportations et en tire des droits à reverser au roi. C'est une charge lucrative.
– Le Masafi est le trésorier royal en charge des finances, et gère les biens de la "couronne".
– Le Mankaka ou Ma-kaka a en charge la défense de l’Etat ; c'est lui qui, en cas de menace, lève des troupes dans chaque province, organise la stratégie et dirige la livita “guerre.” On l'appelait aussi le capitaine-mor (le mot portugais mor signifie grand, principal).
– Le Mambeli est le ministre de la justice : il possède un couteau en cuivre, qui lui permet de "trancher", rendre la justice.
– Le Matchiyendji, en charge des douanes, surveille les tarifs, règle certains litiges inhérents au négoce.
– Le N’bindika Lwangu “Verrou de Loango” est le ministre de l'intérieur, chargé de la sécurité du royaume.
– Le Makimba est en charge des eaux et forêts ; il gère donc les activités qui y sont associées, pêche et chasse, mais aussi les questions agricoles.
– Le Mangofu est le Ministre des affaires étrangères chargé de maintenir de bonnes relations avec les Etats voisins, notamment ceux d'Anziko (Téké) et Kakongo (Kongo).
– Mamputu peut être considéré comme le ministre de la culture et des arts, en charge aussi du culte.
– Ngala Mbembu ou Konga Makanda “rassembleur des clans”, est le représentant des fumu kanda “chefs de clans” et fumu si “gouverneurs” auprès du roi.
– Mambanza ou Manibanze est l’intendant du roi. Il veille au bien-être, à la sécurité matérielle du souverain ainsi que de celle des épouses de celui-ci.
Si la monarchie a été officiellement abolie en 1885 par les Français, elle perdure symboliquement à travers ses héritiers. L'actuel Mâ-Loango (ci-contre), né en 1952, se nomme Möe Mpaka N’tukuni, François Moë Fouti-Loemba, intronisé le 23 juillet 2023 à Diosso. Il est le neveu direct de Sa Majesté Moë Taty Ier, défunt Roi du Royaume de Loango, fils de Moë Toukoula Marie, Princesse et sœur aînée du Roi.


PORTFOLIO
GRAVURES de 1797



