
Le royaume de LOANGO
Quand les Européens abordent le continent africain, ils s'aperçoivent qu'il n'est pas administré "à la sauvage", mais en royaumes bien structurés et stables. L'un des plus importants et qui marquera les Portugais, c'est le royaume du Kongo, vaste empire ayant intégré plusieurs peuples. Celui de Loango, plus petit et pourtant littoral, n'attira pas d'emblée l'attention. Il constitue pourtant un Etat vieux de plusieurs siècles, et qui profitera des traites négrières pour prospérer. Au moment où Millière l'aborde, il n'en a plus pour longtemps à vivre son indépendance.
Carte des royaumes de Congo Angola et Benguela avec les pays voisins
Auteur : Jacques-Nicolas Bellin, cartographe
Date : 1740-1749
La carte nous situe les grands royaumes africains avant colonisation :
Le royaume du KONGO, le plus grand, au centre, de l'Atlantique au-delà du fleuve Kwango, affluent du Congo. Au cœur des trafics africains, il est hégémonique au XVè - XVIè siècles.
Au-dessous, le royaume de DONGO ou NDONGO, qui comprenait aussi l'Angola, dont le roi portait le titre de Ngola, qui donnera Angola.
A l'Est, le royaume de MATANBA fut puissant au XVIIè et XVIIIè siècles, résistant à la colonisation portugaise avant d'intégrer l'Angola.
Au Nord, le royaume d'ANZIKO, celui des Batéké, ou royaume Tio du Makoko, fondé au XVIIè siècle sur la rive gauche du Congo.
Le royaume de LOANGO est donc situé au Nord, entre l'estuaire du Congo et le Gabon. Opulent voisin du Kongo, il profita de sa situation en bordure d'Atlantique pour traiter avec les Européens.

La frontiere
La frontière est un personnage à part entière du roman Eldocongo. Elle est, à cette époque, une obsession européenne. Sur les cartes de l'époque, les géographes essayent désespérément de délimiter les royaumes africains qui n'ont pas de limite comme cela s'entend en Europe : avec des lignes bien définies. Qui n'ont aucune valeur dans la mentalité africaine...
Or, « dans l’Afrique ancienne, les sociétés politiques étaient, comme ailleurs, délimitées. Mais le concept même de frontière n’était pas celui des Etats modernes ; la frontière ne se limitait pas à une ligne soigneusement tracée sur les cartes d’Etat-major. Un chef, qu’il fût de lignage, de village, de province ou d’Etat, savait bien qu’au-delà de certaines limites, son autorité ne s’exerçait plus sur les gens. C’est que les relations du groupe (qu’il s’agisse d’un village, d’un ensemble de villages ou d’une structure plus ample), impliquaient un ensemble complexe de liens diversifiés ».
Catherine Coquery-Vidrovitch,
Actes d’un colloque organisé par l’UNESCO à Bamako, mars 1999, Des frontières en Afrique du XIIè au XIXè s.

« En Afrique, un ancien qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle »
Amadou Hampâté Bâ
Cette célèbre citation de l'auteur malien exprime que l'histoire en Afrique ne se transmet pas par l'écrit (la bibliothèque) mais par l'oral (les anciens). Cette forme de transmission n'exonère pas néanmoins l'Afrique d'histoire, contrairement à ceux qui professe que l'histoire de l'Afrique commence au contact des Européens ! Et beaucoup des histoires africaines sont traversées par des migrations et des brassages, le Loango n'en faisant pas exception.
Certains font remonter le royaume du Loango à la fin du VIIIè siècle, début IXè, d'autres aux environs de 1275 (XIIIè siècle), mais le fondement de toute la mémoire loango est la migration d'un peuple bantou depuis le puissant fleuve Nzadi (le Congo) vers le littoral. Il s'agit des BUVANDJIS, un clan de forgerons kongo, qui s'imposèrent par la force dans le Loango actuel.
Selon la tradition orale, tout commence au bord du grand Nzadi “fleuve” (le Congo), dans le petit royaume hypothétique de Vungu, qu'une masse importante de Bakongo quitta sous la direction d'un chef prestigieux nommé Bunzi ; celui-ci aurait écartelé les eaux en se frappant la cuisse pour faire traverser son peuple [à chacun son Moïse...].
De l'autre côté, une première scission s'opéra : ceux qui s'enfoncèrent dans les terres en bordure de Congo devinrent plus tard les Batéké ; et ceux qui décidèrent de forcer leur destin vers l'océan, qu'on appellera plus tard les Bavili (le nom Vili viendrait de kuvilakana: “s’en sortir”). “Nous nous en sortirons” auraient-ils lancé comme par défi.
« En mémoire de cette séparation, le nom du lieu devint Cabinda découlant de kukabuka “se séparer”. Landanaanu ! Suivez-vous les uns les autres leur dit Bunzi, et ils arrivèrent ainsi, en longues files, dans un lieu qu’ils nommèrent Landana (du verbe kulandana), puis s’écartant légèrement de leur itinéraire, ils s’établirent en un endroit qu’ils appelèrent Mpita (du verbe kuvita “marquer un arrêt”, “bifurquer”) et y restèrent quelques années. S’étant remis en route (sous la conduite d’un guide dont on ignore le nom (il n’est plus question de Bunzi à partir de cet endroit), ils décidèrent de se fixer définitivement en un lieu qu’ils appelèrent N’banda (du verbe kubanda “fixer”, “enfoncer”).
Les années passèrent, le pouvoir se hiérarchisa, une caste dirigeante héréditaire s’érigea, une noblesse apparut qui résida en un lieu particulier qui reçut le nom de Siafumu “pays des princes.” ».
Hagenbucher-Sacripanti,
Les fondements spirituels du pouvoir au royaume de Loango, République populaire du Congo, Paris, 1973
Et ce n'est ici qu'un épisode de la grande épopée Loango !


Les Bavili soumirent donc les peuples littoraux par la force, du Cabinda jusqu'à Mayumba (aujourd'hui au Gabon), et investir l'intérieur des terres, la forêt de la Mayombe, et la vallée du Niari-Kouilou.
Au faîte de sa puissance, le royaume comptait sept provinces (Loandjili, Mampili, Tchilunga, Nga Nkanu, Makangu, Mayombi, Mankugni) qui devaient refléter la diversité ethnique de l'Etat et illustrées par le symboles de la main à 7 étoiles.
« Aussi conscients de la pluralité ethnique – richesse indéniable – et en prévision d’éventuelles frictions intercommunautaires, les ancêtres avaient pressenti la nécessité de jeter les bases d’une coexistence pacifique et de la concorde au sein d’un même État. Il ne saurait être exagéré de poser qu’ici se profilent certaines des caractéristiques de base structurant une nation digne de ce nom, laquelle se veut unie et indivisible. Une nation qui, au demeurant, n’exprime sa quintessence que dans ce facteur singulier d’une histoire commune, d’une même culture et d’une même religion ».
site internet Royaume de Loango





