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La force noire

A l'époque du roman, Dakar n'était pas encore la capitale de la colonie du Sénégal (c'était  Saint-Louis, plus au Nord, à l'embouchure du fleuve Sénégal). La bourgade peinait à prendre son essor, concurrencée par sa rivale Rufique, de l'autre côté de la rade, qui prospérait sur le commerce d'arachide. Elle avait connu en 1869 une terrible épidémie de choléra, et à la date du roman (1883), l'épidémie de fièvre jaune, qui avait eu lieu deux ans auparavant, était encore dans toutes les mémoires. Mais sa position à l'abri du cap Vert, et sa profonde rade, finirent par en faire le grand port de l'Afrique Occidentale Française et une escale incontournable vers l'équateur, où l'on embarquait les fameux laptots de la "force noire". 

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Carte du Sénégal (détail)​

Date : 1855

Face à Dakar, l'île de Gorée a été une des plaques tournantes des traites négrières en Afrique occidentale, avec l'une des captiverie françaises les plus importantes de laquelle embarquèrent entre 900 et 1500 esclaves annuellement.

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Le LAPTOT

La figure du laptot est incontournable de la conquête coloniale : laptot est le surnom donné aux supplétifs indigènes de l'armée française, plus connu sous le terme de Tirailleur sénégalais. Le mot est issu du wolof, et désignait à l'origine un matelot, un mousse. En effet, dès l'implantation française au Sénégal au XVIIè siècle, la main d'œuvre autochtone, parfois servile, fut sollicitée comme piroguiers, dockers, porteurs, traducteurs... puis gardes à Gorée, ou Saint-Louis.

C'est au milieu du XIXè siècle seulement qu'on commença à considérer que le Noir pouvait être un aussi bon soldat qu'un Blanc. Faidherbe, gouverneur du Sénégal, les éprouva dans des combats sur le fleuve Sénégal contre les Maures et organisa un mode de recrutement plus efficace. Un premier bataillon de 500 hommes est constitué en 1856, un deuxième en 1880. Le 1er régiment des tirailleurs réunissant les deux voit le jour en 1884.

"La fête du 14 juillet".

 

L'illustré du Soleil du dimanche,

23 juillet 1889

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« Ces populations qui fournissaient les esclaves n'ont pas changé ; les races nègres se sont conservées dans le même milieu de luttes continuelles, qui a renforcé encore leurs qualités guerrières, que nous utilisons aujourd'hui »

 

Charles Mangin, La Force noire, 1910

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« Laptot sarakhollais » (1890)

   Enrôlé de gré ou de force, le laptot à l'époque du roman est encore principalement recruté au Sénégal, à Gorée, Saint-Louis, et les villages environnants, Wolofs, Soninkés ou Toucouleurs (d'origine peule) comme le sergent Samba Sam. L'attribut qui les rend emblématique est la chechia rouge, sorte de bonnet à pompon sans visière pour permettre au musulman de se prosterner pour la prière.  Le sabre d'abattis ou coupe coupe est l'arme réglementaire, utilisé autant pour faire son chemin dans la jungle que pour affronter l'ennemi au corps à corps. 

   En raison de leur couleur sans doute, les laptots n'étaient pas considérés à l'égal des recrus blanches, la solde inférieure, l'avancement réduit. La condescendance de l'institution militaire à l'égard du laptot se ressentait notamment par le Moi-y-a-dit, cette sorte de lexique simplifié du français, 600 mots utiles au soldat appris par cœur, en formules volontairement infantilisantes.    

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Portrait des deux laptots de l'expédition Trivier (en 1888 & 1889): Baba N'Dyaye & Ali N'Dyaye.

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Savorgnan de Brazza et ses « braves laptots » (1887)

PORTFOLIO

Photos de Emile Marie COQUIBUS - Source : ImagesDéfense

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Laptots et soldats français près d'un chaland

Mes laptots tirant à la corde en face Foulé

Un laptot avec une autruche

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Rapides de Labezenga

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Laptot tenant une outarde par les pattes

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