
Brazza, le champion français
Sur Le Zèbre, Pierre Savorgnan de Brazza, dit le Commandant, c'est le "patron". Chef de la Mission de l'Ouest africain, il partira deux mois après Le Zèbre. C'est son troisième voyage dans cette Afrique équatoriale, et bénéficie d'une grande renommée parmi les explorateurs, revenant souvent dans les conversations. La presse en fera un héros national.
De mars à décembre 1880, l'explorateur français Pierre Savorgnan de Brazza remonte le fleuve Ogooué (déjà exploré en 1875-1878), traverse les plateaux des Batéké pour rencontrer le roi des Batéké, dit le Makoko, à Mbé (ici noté Makoko) où il signe son fameux traité (10 septembre 1880) qui donne autorité à la France sur les deux rives du Stanley Pool, devançant ainsi Stanley, qui était en train de remonter le Congo pour prendre possession du Pool au nom de Léopold II. Quand il l'atteint enfin en juillet 1881, Stanley est accueilli par un sergent laptot en guenilles, du nom de Malamine, laissé là par Brazza avec copie du traité Makoko pour dissuader quiconque d'annexer les rives du Pool. Autorisé par le Makoko à fonder un village blanc, Brazza jeta son dévolu sur la rive droite du Stanley Pool, appelé Nkuna par les Bateke, près du village de M'Foa, auquel la Société de Géographie de Paris décidera en juillet 1881 de donner le nom de Brazzaville !
Croquis de l'itinéraire probable de M. P. Savorgnan de Brazza entre l'Ogôoué et le Congo
Publié par la Société de Géographie, 1881

Pierre Savorgnan de Brazza
Cet explorateur (sur la photo, à l'âge de 18 ans) d'origine italienne (1852-1905) fut considéré à son époque comme le champion français de l'exploration équatoriale. Son exploit de doubler Stanley à travers les plateaux des Batéké pour faire signer en premier le Makoko lui valut un triomphe à la Sorbonne, malgré que la colonisation n'était plus en odeur de sainteté chez les politiques français, plus préoccupés de consacrer leurs efforts à récupérer l'Alsace-Lorraine. Il obtint néanmoins des crédits pour une nouvelle expédition en 1883, celle à laquelle appartient Millière.
Brazza (nous aurons l'occasion d'en reparler) est l'antithèse de Stanley : autant l'Anglais s'est montré brutal, mobilisant de lourdes expéditions, et plein de mépris pour les indigènes, autant le Français s'est d'emblée présenté comme porteur de valeurs républicaines (et d'abord comme le libérateur des esclaves), patient dans ses relations avec les tribus rencontrées, habile négociateur, n'utilisant la force qu'en dernier recours, voyageant léger et peu accompagné, il dénoncera même à la fin de sa vie les méfaits de la colonisation.

L'opposition entre les deux premiers explorateurs de l'Afrique équatoriale se lit dans ce double portrait : à gauche, Stanley, raide dans son habit militaire à l'âge de 49 ans (1890), pose l'expression sévère, sinon totalitaire ; à droite, de Brazza, photographié en studio par Nadar à l'âge de 34 ans (1886) fait figure de héros romantique, doux et visionnaire, coiffé à l'africaine.
Les deux hommes se sont pourtant rencontrés lors de cette fameuse "course au Pool" au cours de laquelle le Français devança l'Anglais : de Brazza redescendait du Pool en suivant le cours du Congo quand il tomba sur le campement de Stanley en novembre 1880. La rencontre fut parait-il courtoise ; l'Anglais était tiré à quatre épingles, col amidonnée et bottes cirées, quand le Français se présenta en uniforme d'enseigne de vaisseau usé, les cheveux en bataille et la barbe fournie. L'Anglais ne parlait pas le français, et le Français mal l'anglais. De Brazza signifia à son hôte qu'il avait fondé un poste sur le Pool et laissé un sergent pour en assurer la garde, ce à quoi Stanley répondit par un geste de dépit. Ainsi en était-il des relations de Blancs au fin fond de l'Afrique...

« Je vois encore entrant en coup de vent dans mon bureau ce jeune officier aux yeux ardents, à la figure longue et à la barbe hirsute, au langage raboteux. Maigre et long, le dos voûté, la barbe inculte , les yeux infiniment doux, il apparaissait dans notre sceptique Paris comme un prophète du désert ».
Gabriel Hanotaux,
Introduction à L'Empire colonial français
PORTFOLIO
Brazza a donné lieu à une abondante iconographie, produite dès son vivant pour vanter le modèle français du "bon colonisateur"


"Scène de prestidigitation et de pyrotechnie",
Le Tour du monde, 2è sem. 1887
"Palabres avec Rénoké",
Le Tour du monde, 2è sem. 1888



Brazza par Nadar
"Le retour de Brazza", Le Petit Journal, 19 mars 1905
"J'ai pris mon couteau et je taillai"

"Qui touche le mât du drapeau est un homme libre !"

"Brazza", Le Journal des Voyages et des Aventures, 1886

""Brazza et le Congo, chant patriotique"

"Brazza", La Vie moderne, 28 octobre 1882
