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L'APPETIT DE LEOPOLD

Au moment où les rivalités s'aiguisaient en Afrique, un nouvel acteur colonial fit finement son apparition : Léopold II, non pas en tant que roi des Belges, mais en tant que président-fondateur d'une honorable Association Internationale Africaine, qui en appelait à tous les talents internationaux pour soutenir des efforts scientifiques (la connaissance géographique) et philanthropiques (lutte contre l'esclavage notamment) en Afrique. Devenue Association Internationale du Congo (AIC) en 1879 lorsque le souverain eût jeté son dévolu sur tout le bassin du fleuve, l'entreprise était le faux-nez de ses ambitions coloniales, comme le résume le ministre belge Léonard Greindl dans un billet confidentiel passé à la postérité : "Avec le temps, l'entreprise deviendra par la force des choses, belge de nom comme de fait. Il est désirable que surtout dans les commencements, l'affaire s'abrite sous le drapeau international".

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Etat Indépendant du Congo

Encyclopédie Britannica américanisée, vol. 1,

Chicago 1892

On découvre sur cette carte l'ambition démesurée de Léopold II : un Etat "Indépendant" du Congo (actant le travail de l'AIC) qui tire ses limites le plus largement possible, y compris dans des régions encore inexplorées, comme dans le Nord, où un affluent essentiel du Congo, l'Oubangui, n'est même pas exploré dans sa totalité. Ce pourquoi d'ailleurs le cartographe ne peut que tirer un trait rectiligne le long d'un parallèle pour marquer son territoire dans l'inconnu...

Petit détail témoignant de l'ignorance et de la fabulation des Européens sur l'Afrique "sauvage" : au-dessus de la limite Nord de l'Etat "indépendant" figure le pays (inconnu des Européens) des Niam Niam, ou Nyams-Nyams. Il s'agit des hommes (et des femmes) à queue, dont l'appendice caudal témoigne de cette humanité primitive pas encore vraiment sortie de l'animalité. Plusieurs témoignages fantasmagoriques décrivent ces êtres qui se terraient dans des trous et, comble de l'abomination, était anthropophages !  

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Illustration tirée de...

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LEOPOLD II
ROI DES BELGES

Né Léopold Louis-Philippe Marie Victor de Saxe-Cobourg-Gotha, en 1835, le deuxième roi des Belges (1865-1909) peut être considéré aujourd'hui comme le visage sombre du colonialisme. En effet, après avoir manifesté par l'intermédiaire de l'AIC des velléités de philanthrope, il s'est vite octroyé, à titre personnel et non au nom de son royaume belge, d'une colonie 80 fois plus grande que la Belgique au cœur de l'Afrique. L'exploitation forcené des richesses du pays (ivoire, caoutchouc, mines...) et les exactions qui l'accompagnèrent, les scandales notamment des mains coupées, l'obligèrent à abdiquer (en quelque sorte) son domaine en 1908 au profit de la Belgique. Sa figure cristallise aujourd'hui les luttes anticoloniales et antiracistes, et depuis 2020 (et le mouvement Black Lives Matter), ses statues sont taguées ou détériorées.   

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ASSOCIATION INTERNATIONALE AFRICAINE :

C'est le premier outil créé par Léopold pour mettre la main sur une colonie africaine. Créée en 1876, elle est sensée "civiliser" l'Afrique primitive. L'aspect international de cet organisme présenté comme humanitaire permettaient en outre au roi des Belges de solliciter des donateurs du monde entier. Les expéditions financées par l'Association permettait d'avoir une meilleure connaissance du terrain à coloniser.

ASSOCIATION INTERNATIONALE du CONGO :

La révélation par Stanley du cours du Congo en 1877 permet à Léopold de mieux cibler ses ambitions : ce sera l'immense bassin du Congo. Cette nouvelle Association est fondée en 1879, et reste officiellement internationale, même si l'organisme servait de toute évidence ses propres intérêts. C'est en son nom que Stanley, recruté par Léopold, retournera au Congo fonder l'air de rien des stations "internationales". 

L'ETAT INDEPENDANT du CONGO :

Dernière étape de la mainmise du roi des Belges sur le Congo, cet "Etat", prétendument indépendant, en réalité propriété privée de Léopold est fondé en 1885 à l'issue de la Conférence de Berlin sur le partage de l'Afrique. Il y exercera une souveraineté depuis la Belgique jusqu'en 1908, dans une perspective d'une économie extractive, dont le but était de devenir rentable par le pillage des nombreuses ressources (caoutchouc, ivoire, mines...)

   « Je ne veux pas manquer une bonne occasion de nous procurer une part de ce magnifique gâteau africain ». 

 

 Léopold II

Cette phrase traditionnellement attribuée à Léopold par plusieurs auteurs rentre en résonnance avec la caricature ci-dessous qui représente les puissances européennes se partager le "gâteau Afrique", le grand ordonnateur de ce grand découpage n'étant pas Léopold en l'occurrence, mais le chancelier allemand Bismarck. En revanche, c'est bien à cette conférence que le roi des Belges obtiendra des autres pays européens la création d'un "Etat Indépendant du Congo", sa grosse part du gâteau.

Caricature de la Conférence de Berlin de 1885 : le chancelier Bismarck découpe le "gâteau africain" entre les différents pays européens ; sous-titre "à chacun sa part si l'on est bien sage".

 

Journal L'Illustration, 1885

« Léopold fut donc pharaon. Il fut propriétaire de terres et d'hommes. Un bourgeois pharaon, si l'on veut. Quelque chose qui ne s'était jamais produit et qui plus jamais ne se produira. Un pharaon ne possède pas. Un bourgeois ne règne pas. Léopold est donc à la fois bourgeois et pharaon, pharaon du caoutchouc ».

Éric Vuillard,
Congo,
Acte Sud, 2012

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