
L'Afrique pré-coloniale
Le long voyage sur Le Zèbre offre aux passagers de nombreuses occasions d'évoquer l'Afrique et les Africains. Avec la mentalité propre aux Européens de l'époque : à savoir, sentiment de supériorité et condescendance envers les nègres, auxquels on donne sans scrupule tous les défauts de l'humanité, paresse, compulsion sexuelle, superstition, et bien sûr anthropophagie supposée. Tous ces poncifs vivaient notamment à travers la littérature d'explorateurs, qui n'hésitaient à en rajouter dans la sauvagerie nègre, pour mieux valoriser la "civilisation" qu'ils apportaient. Alors même que l'Afrique était encore largement inconnue, notamment son cœur.
Carte de Jean-Baptiste NOLIN (cartographe français, 1686-1762)
Afrique divisée en ses grandes régions et subdivisée en ses grands Estats, et moindres régions et différens peuples
Paris, 1754
A l'époque de cette carte, seules les côtes africaines sont véritablement connues : on peut noter l’embouchure du Congo (nommé Zaire) et son cours en partie imaginaire qui se perd vite dans les blancs de l’Afrique centrale. A noter aussi que l’auteur comble ses lacunes avec des noms de royaumes dont les peuples sont expressément caractérisés d’anthropophages. Libreville n'existe pas encore : elle se situera sur l'estuaire du Gabon, au nord du cap Lope.
Le cartographe a connaissance de royaume que Millière et Kieffer traverseront : celui du Loango est connu depuis longtemps des négriers européens, étant sur la côte ; celui du Congo, bien connu déjà des Portugais, dont les missionnaires ont converti les rois dès la fin du XVè siècle, en leur capitale rebaptisée São Salvador ; enfin celui de Macoco (du nom du roi) ou de Anzicains (ainsi que les Portugais nommaient les Batéké du Congo).


La COLONISATION en marche
Cette carte du magazine L'Histoire montre l'implantation européenne en Afrique au milieu du XIXè siècle. Elle est alors largement limitée aux littoraux, mis à part l'Afrique du Sud et l'Algérie au Nord. Les comptoirs européens d'Afrique avaient d'abord pour vocation de relayer la traite atlantique, point d'appui des déportations massives d'esclaves noirs vers l'Amérique. Avec le mouvement des abolitions (1833 au Royaume-Uni, 1848 en France), les puissances européennes financent des expéditions vers l'intérieur du continent afin d'y mener une colonisation en profondeur. Les explorateurs, dont on voit ici les parcours, dont le plus célèbre sans doute, Livingstone, seront, par leurs dévoilements de l'Afrique, les poissons-pilotes des colonisateurs. La course à la possession va alors faire du continent africain le principal (et dernier) enjeu des rivalités européennes. L'histoire d'Eldocongo se situe sur le point de contact des parcours de Stanley et de Brazza.

« Je ne suis pas noir […] pas plus que je ne suis un Nègre. Nègre n’est ni mon nom ni mon prénom, encore moins mon essence et mon identité. Je suis une personne humaine et cela s’arrête là. »
Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, 1952
A l'époque du roman, où se construit la notion de "races", les Européens ont facilement amalgamé l'ensemble de la population africaine au seul critère de leur "négritude", dont le rattachement à l'humanité fut parfois discuté. Pourtant, en pénétrant plus profondément le cœur de l'Afrique au contact des peuples, force leur fut de constater la diversité des usages et des langues, des mentalités et des modes de vie. L'Afrique ethnique n'était pas une, mais plurielle. Quelques "blancs" plus attentifs surent témoigner plus ou moins fidèlement de cette Afrique des origines, que la colonisation s'efforça de déculturer.
Par exemple, au cours de ses pérégrinations, notre héros va rencontrer...

Fang du Haut-Ivindo (Gabon). Extrait de l'Esquisse générale des langues de l'Afrique et plus particulièrement de l'Afrique française. Par M. Delafosse (publié en 1914).
FANG : peuple de langue bantoue, originaire (selon leur mythologie) d'une région de lacs élevés (peut-être le lac Victoria...), ayant migré sur plusieurs générations vers l'ouest jusqu'à atteindre l'Ogooué puis le littoral gabonais. Ils firent fort impression sur les Européens, notamment par le soin qu'ils accordaient à leurs chevelures et leurs parures.

Tati, surnommé Desponts, courtier de Malembe, venant de sa petite-terre, en hamac. Tiré de Voyage à la côte occidentale d'Afrique du négrier Louis Ohier de Granpré (1801)
VILI : peuple de langue bantoue, qui profita de sa situation sur le littoral atlantique pour traiter avec les négriers européens. Malgré un patrimoine culturel d'une grande richesse, le contact précoce avec les Blancs l'a rendu perméable à la civilisation occidentale. Il était organisé à l'intérieur d'un royaume très structuré.
Jeunes filles sango (Ngbandi) à Banzyville, 1905
NGBANDI : de langue sango, ce peuple de pêcheurs et de piroguiers vivait sur les rives de l'Oubangui, plus tardivement mis en contact avec les Européens. Les femmes et jeunes filles étaient réputées pour le soin qu'elles apportaient à leurs longues chevelures.


Le roi Makoko, assis sur une peau de tigre et sa cour, carte poste de la Mission catholique de Brazzaville, 1899, Bibliothèque Nationale de France
TEKE : peuple de langue bantoue, il a tiré sa prospérité de sa situation dans les savanes de la rive droite du Congo, au niveau du Pool Malebo, ex-Stanley Pool, dont il contrôlait les échanges. Il était structuré autour d'un roi, Makoko.
